En ce début du mois de mars, (oui ! je sais ! l’intérêt d’un blog c’est de coller au plus près de la réalité, et publier un article début mai qui relate un évènement qui s’est déroulé au mois de mars, ça fait pas sérieux, mais ça ne change rien à l’histoire), je disais donc qu’en ce début du mois de mars, la température est plutôt fraiche, les gants, les bonnets et les polaires font partis de l’équipement indispensable pour le petit groupe de randonneurs partis à la découverte d’une vallée de l’Oise. Au détour d’un GR du val d’oise, à la croisée d’une route et d’un chemin de compostelle, entre deux clôtures, une petite pancarte interpelle les marcheurs « Amis randonneurs, Bienvenue à la cité du soleil », au dessous suivent des coordonnées téléphoniques et le nom de la personne à contacter. Un coup d’œil sur le terrain qui jouxte le GR, et on se rend compte tout de suite que si nous ne voyons pas encore très bien ce qu’est la cité du soleil on sait déjà que c’est forcément là. Une maison de plain pied en parpaings nus, un chemin de terre qui mène à la porte d’entrée, une voiture garée devant, le tout est entouré d’une pelouse laissée à l’abandon, jusque là rien d’extraordinaire. Mais ce qui frappe c’est ce qu’il y a sur la pelouse, ici, point de nain de jardins ou de roue de charrette fleurie, mais des petites cabanes en bois peintes en blanc, une grande caisse, une balançoire et une tente recouvertes d’un film plastique transparent . Une sorte de parc d’attraction ou de musée d’art moderne laissé à l’abandon. Après un examen détaillé du jardin, la curiosité s’est maintenant emparée du groupe. Après quelques instants de réflexion, le numéro de téléphone de l’affichette est composé sur un portable. Ca sonne, ça répond, c’est bien monsieur Léger et il est disposé à nous recevoir dans la cité du soleil. Nous acceptons la proposition en chœur.

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Après quelques minutes, la porte de la maison s’ouvre. Un vieux monsieur aux longs cheveux blancs attachés dans le cou, nous accueille. L’homme est jovial et avenant. Il tient dans la main un petit appareil de mesure que j’identifie comme étant un thermomètre électronique. Sa présentation est succincte, il a 78 ans, sa vie : c’est le soleil. Il est inventeur indépendant. Il a déposé plus de 50 brevets dans le domaine de l’utilisation de l’énergie du soleil. Alors que la température extérieure se situe autour de 5°C, il nous annonce qu’il a fait un bain de soleil dans son jardin en début d’après midi. Nous passons de la curiosité à l’incrédulité, et certains d’entre nous commencent à regretter de s’être arrêtés devant la pancarte. Nous ne nous doutons pas encore que nous allons assister à une véritable conférence sur l’énergie solaire avec démonstration à l’appui dans un laboratoire qui n’est autre que le jardin dans lequel nous nous trouvons.

Nous nous rassemblons autour d’une grosse caisse blanche, dont le couvercle incliné est une feuille de plastique, en regardant à travers on aperçoit un serpentin de tuyaux. Monsieur Léger introduit la sonde de son appareil dans la boite. Une moue se dessine sur son visage, juste avant de déclarer « là, c’est à 65 °, c’est peu, mais ce midi c’était à 96°, j’ai failli faire bouillir de l’eau », il fait toujours 5°C, nos yeux s’agrandissent d’étonnement. L’appareil devant lequel nous nous trouvons sert à chauffer l’eau d’une piscine d’une vingtaine de mètre cube. Notre conférencier tel le magicien qui veut montrer qu’il n’y a pas de truc ouvre la façade arrière de la boite, nous plongeons nos regards à l’intérieur. Il n’y a rien d’autre qu’un tube, pas de fil, pas de mécanisme, pas de tuyaux, rien. C’est juste une boite en bois, peinte en blanc, à l’intérieur elle est recouverte d’une espèce de mousse noire et elle est fermée par un couvercle en plastique.

Assailli de questions l’homme nous révèle petit à petit ses secrets. Le premier il est tout simple, c’est que la boite est étanche, blanche à l’extérieure et noire à l’intérieur. La surface noire absorbe les rayons du soleil, et la blanche les réfléchit. La mousse noire absorbe la chaleur et la transmet à l’air qui est prisonnier de la boite, qui s’échauffe à son tour et qui transmet sa chaleur à l’eau qui passe dans le tube qui traverse la boite. C’est le fonctionnement d’une serre. Tout le monde accepte le principe, mais de là à imaginer que ça suffit à faire bouillir de l’eau dans une marmite, il ne faut pas exagérer. Il y a forcément autre chose. Avec un petit sourire malicieux, l’inventeur nous demande d’estimer l’épaisseur de la fenêtre en plastique. La moyenne des réponses tourne autour de 2 mm.. Mais il nous annonce fièrement que la feuille de plastique qui recouvre la boite ne fait qu’un 1/10ème de mm d’épaisseur. Autrement dit ce type de film laisse quasiment passer la totalité de l’énergie solaire qui le traverse sans la réfléchir et en absorbant très peu d’énergie. De plus la mousse noire qui recouvre les parois est un peu particulière, c’est du verre cellulaire qui a des propriétés très absorbantes. Voilà, le secret de la boite magique, il réside dans la nature des matériaux employés. Ces derniers sont sélectionnés pour faire en sorte que l’énergie solaire est utilisée avec un maximum de rendement.

La visite du laboratoire se poursuit avec la présentation des différentes inventions, nous découvrons la bouilloire, le chauffe-eau pour piscine, le dessalinisateur, le sèche linge, la tente à bronzer,  le fumoir à poisson, le dessiccateur de graines. Autant de déclinaison de l’appareil de base qui est le capteur thermique composé d’un mélange de matériaux courant (contre plaqué) et de matériaux de haute technologie (film plastique et verre cellulaire).

Dans son discours, notre conférencier ne manque pas de lancer quelques piques acérées  sur les groupes industriels qui fabriquent les panneaux photovoltaïques. Il a imaginé une ville fonctionnant de manière autonome uniquement grâce à l’énergie solaire et sans utiliser les panneaux photovoltaïques.

Tout cela à l’air génial et tellement simple qu’on n’en arrive à se demander pourquoi ces idées ne sont-elles  pas plus développées. Face à une telle interrogation, je me remémore toujours la phrase de Paul Valéry « Ce qui est compliqué est cher,  ce qui est simple est faux » Le système présenté par Mr Léger est simple est pourtant il n’est pas faux alors quel est le problème ? La réponse est simple, c’est qu’il est cher à cause de la haute technicité des matériaux utilisés. Le capteur proposé ne demande aucun entretien pendant 20 ans, les matériaux sont connus. Mais il y a un inconvénient majeur que n’a pas une cellule photovoltaïque, les capteurs de Mr Léger sont incapables de fournir directement de l’électricité contrairement à la cellule photovoltaïque. Il est bien là le hic : l’électricité.

Notre inventeur l’a compris, aussi il a lancé le développement d’un capteur qui fait bouillir de l’eau créant de la vapeur qui fait tourner une turbine alternateur qui fournit de l’électricité.  Ce n’est pas très original, mais le pire c’est qu’il faut de l’eau, le panneau fait 2 mètres carrés, il faut absolument qu’il soit très étanche pour faire monter la vapeur en pression et surtout le rendement avec un moteur à vapeur risque d’être ridicule. En résumé, il y a peu de chance que cela fonctionne de manière efficace.

Je regarde le maître du soleil finir sa démonstration au milieu de ses boites blanches. En une heure, j’en ai appris plus sur le soleil que durant toute ma vie. Mon regard se pose sur la pelouse composée d’une vulgaire herbe qui utilise depuis des centaines de millions d’années une centrale de production d’énergie solaire sans équivalent, à savoir les chloroplastes qui sont le siège de la photosynthèse. Le constat est sans appel, nous avons encore tant à apprendre de la nature.

Vous pouvez visiter le site de Raymond Léger grâce au lien suivant http://www.lacitedusoleil.com/