Je fais régulièrement des expéditions de la région parisienne, où je réside, vers ma Bretagne natale. Je fais le voyage en voiture en empruntant l’autoroute. La voyage est plutôt monotone d’autant que je le connais par cœur. Aussi j’ai inventé un petit jeu que je pratique depuis de nombreuses années, ce jeu que tout le monde peut le pratiquer, petits et grands :  c’est le Milbuse. Les règles sont simples, il suffit de compter les buses que l’on aperçoit perchées sur les poteaux des clôtures qui longent l’autoroute depuis le début du trajet sur autoroute jusqu’à la sortie. C’est très simpliste comme jeu mais pas totalement ininteressant vous allez le voir.

Bien sur à la base, il faut savoir reconnaître une buse. Une buse ça ressemble à ça :

buse

Désolé je n’ai pas mieux, c’est moi qui fait les photos et pour les buses et bien je n’ai que ça à proposer.

En résumé c’est gros, plus qu’un corbeau ou qu'une corneille, ça a un bec crochu. Sur la photo elle est prête à s’envoler, elle a adopté une position horizontale, mais lorsqu’elle est perchée sur un poteaux le long de l’autoroute elle est beaucoup plus redressée que ça.

Il y a en a bien sur des deux coté de l’autoroute, lorsqu’on est tout seul à jouer, il est évident qu’on a tendance à louper des buses qui se trouvent à gauche de l’autoroute, il faut bien conduire aussi, on n’est pas là que pour compter les buses non plus.

La première fois que vous jouez Milbuse vous êtes surpris par le nombre de buses que l’on peut voir en bordure d’autoroute. Sur le trajet Paris – Rennes , un peu plus de 350 km, on peut voir en moyenne une trentaine de buses. Cela fait une buse tous les dix kilomètres.

Si vous faites une trentaine de kilomètre en pleine campagne, il n’est pas rare que ne vous ne voyez aucune buse. De temps en temps vous pouvez en apercevoir au sommet d’un arbre mais le long de la route quasiment jamais.

C’est que ça devient intéressant, qu’est-ce que les buses viennent faire en bordure d’autoroute ?

La réponse est évidente : elles viennent compter les voitures.

Non, vous avez raison, c’est peu probable.

Depuis le temps que je pratique le Milbuse, j’ai désormais ma petite idée.

Tout d’abord, il faut connaître le mode vie des buses. Elles se nourrissent principalement de petits rongeurs dont la taille va du campagnol jusqu’au lapin. Elles chassent à l’affût, du haut de leur perchoir, elle observent leur territoire et fondent sur l’imprudent qui aurait l’idée de sortir de son terrier sans regarder en l’air. Pour se déplacer d’une zone de chasse à l’autre, elles attendent que le soleil réchauffe le sol et elle s’élèvent alors dans le ciel en tournoyant, c’est généralement lorsqu’elles ont ce comportement en vol qu’on les voit le mieux. Un couple de buses occupe un territoire de plusieurs kilomètres carrés.

Au cours des nombreuses parties de Milbuse, j’ai pu observer les choses suivantes :

Je les vois quasiment toujours par paire, quand j’aperçois une buse, j’en aperçois une deuxièmes quelques centaines de mètres plus loin. Je vois donc un couple à chaque fois.

Lors d’une traversée de forêt, il n’y a pas de buse, ce qui est logique car la forêt n’est pas le biotope de la buse. Le biotope idéal c’est le bocage : des prairies entourées de haies.

Seulement voilà lorsque l’autoroute est bordé de bocage, il est rare que je vois des buses.

En fait, lorsque je vois les buses sur l’autoroute, à chaque fois cette dernière est bordée de champs cultivés.

Il y a une explication à cette observation.

Lorsque l’autoroute traverse le bocage qui est le biotope de la buse, elle trouve sa pitance dans son milieu. Les oiseaux sont posés quelque part sur un arbre au milieu des prés, ils n’ont alors aucune raison de s’approcher de l’autoroute, ils ont ce qu’il faut tout autour.

Lorsque l’autoroute traverse une zone de champs cultivés, le problème se pose de manière différentes. L’agriculture intensive a éliminé les arbres et poteaux, les buses n’ont donc plus de point d’affût. C'est particulièrement flagrant pour les immenses champ de la Beauce ou de la Champagne. Mais il y a pire, dans un champ de plusieurs dizaines d’hectares qui vient d’être charrué, il n’y plus de trace de vie de mammifères, la biodiversité est réduite à néant. La beauce par exemple est ainsi un immense désert de biodiversité. Dans ce cas le seul endroit ou la buse peut avoir un perchoir et une chance de trouver des petits rongeurs, ce sont les bordures d’autoroute.

Entre la route et le domaine privé, il y a une bande de friche ou d’aménagement paysager d’une ou plusieurs dizaine de mètres de large. Cette terre non remuée et les plantations paysagères sont le refuge de nombreux petits animaux. C’est ce que viens chercher la buse, son territoire au lieu de faire une patatoïde de plusieurs kilomètres carrés est constituée des deux bandes de friches de chaque coté de la route.

Ainsi le Milbuse nous apprends que les bordures d’autoroute peuvent s’avérer être les derniers sanctuaires de biodiversité dans nos paysages modernes.

Qui l’eut cru ?