1 janvier 2010

13h30

-5°C

Ciel nuageux

Suresnes 92150

Mont Valérien

Mémorial de la France combattante

croix

Les messages se multiplient sur les forums depuis plusieurs jours. Les informations ne sont pas toujours suffisantes pour trouver, mais là le spot n’est pas difficile à trouver. Il est en milieu urbain, c’est même un monument public fréquenté. Le GPS est inutile, je prépare le matériel et vu la météo je m’équipe en conséquence.

place

En ce premier jour de l’année, la fréquentation risque d’être très faible, de plus la température extérieure est négative, j’arrive donc sur des lieux déserts. Le mémorial est un monument situé sur une face du mur du fort du mont Valérien. Le mur d’enceinte du fort a une forme de pentagone. J’accroche le signe de reconnaissance de la communauté à mon cou. Arrivé devant l’esplanade du mémorial, j’aperçois deux personnes qui se réchauffent devant la flamme. De loin je ne suis guère capable de dire si elles sont venues pour la même chose que moi. Je me dirige vers la gauche du monument, un homme se détache du groupe, et se dirige vers moi. A une trentaine de mètres j’aperçois le signe de reconnaissance qu’il porte également à son cou. Plus qu’une vingtaine de mètres, il me jauge, je fais de même. Il n’y a quasiment plus de doute, mais il faut vérifier avec le mot de passe. Il engage le rituel de contact :

- Bonjour,

- Bonjour,

Je décide de lâcher le mot de passe

- Vous venez pour le tiko ?

- Oui, vous l’avez-vu?

- Non mais je sais où il a été vu!

Des sourires complices s’affichent sur nos visages, l’homme à grands gestes de la main appelle sa compagne. Je commence à décrire les emplacements où selon mes informations il a été aperçu.

L’homme est anglais, frigorifié,  il attend déjà depuis une heure, il a déjà été contacté par un autre membre du groupe qui est parti en éclaireur sur la façade Ouest du mur d’enceinte. Je lui propose d’explorer la façade Est pendant qu’il prépare un café pour se réchauffer. L’attente pourrait s’avérer longue...

Mais nous sommes cinq, le terrain est quadrillé, il ne devrait pas nous échapper.

Inutile de rappeler le signalement de l’individu, tout le monde l’a en tête. Nous échangeons nos numéros de portable, le premier qui repère l’étranger appelle les autres.

Je commence mon exploration.

J’arpente le chemin piétonnier qui longe la façade Est, je suis doublé par un joggeur puis je croise un homme accompagné d’une fillette et d’un chien., A 13h40 mon portable sonne, je décroche

-Bonjour, c’est David, est ce que c’est Dominique ?

-Oui, c’est moi

-Dominique, je le vois ……

-J’arrive !

Je ne sais pas si j’ai raccroché avant la fin de la phrase ou non. Ce que je sais, c’est qu’avant d’avoir fini de ranger le portable dans la poche, je courrais déjà.

Je dévale le chemin, l’homme, la fillette et le chien bloquent le chemin, je fais un écart sur la pelouse gelée, il n’y a pas de temps à perdre. J’arrive sur la grande place, j’aperçois David. Il est déjà en place.

Plus que trente mètres.

Vingt mètres.

Dix.

Contact.

Je pointe mon regard dans la même direction que David, j’aperçois une tâche qui bouge sur le mur...

c’est lui !

J’agrippe mes jumelles qui pendaient à mon cou, je les pointe vers lui. Pas de doute c’est le tiko ou plus exactement le tichodrome échelette.

DSC_0006

C’est la grande coche. La première de l’année.

Nous resterons ainsi une heure à observer cet oiseau.

Le tichodrome échelette est un oiseau plus petit qu’un moineau. Il possède un long bec fin. D’une couleur d’ensemble plutôt grise, ses plumes d’ailes sont d’un rouge écarlate.  Son biotope est le milieu montagnard et plus précisément les pierriers et les falaises. Il se nourrit d'insectes, et lorsqu'il chasse, il dégringole du haut des rochers en voletant comme un papillon puis il remonte les rochers en explorant chaque recoin,. A chaque fois qu’il fait un petit bond vers le haut il entrouvre ses ailes et la beauté des couleurs se révèle alors.

tiko

Pourquoi tant d’animation pour cet oiseau insignifiant ? et bien c’est parce qu’il n’a rien à faire là. C’est un oiseau qui vit habituellement en montagne du jura aux alpes. Le mont Valérien culmine quand à lui à 163 mètres, impressionnant pour des parisiens mais c’est une montagne ridicule par rapport à celles précitées. L’oiseau se nourrit de petit insectes logés dans les interstices des rochers, d’où son long bec fin qui lui permet d’explorer des petites failles. Alors le mur du fort c’est un restaurant gigantesque et l’oiseau est tout seul dans le restaurant.

La bestiole étant très rare en ile de France, les ornithologues déboulent de partout pour voir l’oiseau. Dans le microcosme de l’ornithologie, voir un oiseau pour la première fois, s’appelle faire une coche ou cocher. Cela vient du fait que pour identifier un oiseau, un guide est quasiment indispensable. Certains ornithologues se sont amusés à chaque fois qu’ils voyaient un oiseau pour la première fois, à marquer une croix  sur la page du guide correspondant à l’oiseau qu’il venaient de voir. Il y a différentes coches possibles, cela peut être la première fois qu’il est vu tout court, ou la première fois de l’année, la première fois dans une région donnée, etc… Personnellement c’était la première fois que je le voyais de près, c’était une grande coche.

Dans notre société nous éprouvons un besoin irrépressible de classer, de collectionner, de répertorier, de lister, c’est humain et je ne saurais dire pourquoi.

Et ce petit jeu de la coche peut sembler futile.

L’oiseau est parfaitement décrit dans les livres, il existe sans doute plusieurs reportages audiovisuels qui montrent tous les détails de sa vie.

Alors quel est l’intérêt de faire plusieurs kilomètres, pour juste voir l’oiseau « en vrai » ?

Ben ……y’en a pas !