L'eau d'ici

09 janvier 2011

Le Milbuse

Je fais régulièrement des expéditions de la région parisienne, où je réside, vers ma Bretagne natale. Je fais le voyage en voiture en empruntant l’autoroute. La voyage est plutôt monotone d’autant que je le connais par cœur. Aussi j’ai inventé un petit jeu que je pratique depuis de nombreuses années, ce jeu que tout le monde peut le pratiquer, petits et grands :  c’est le Milbuse. Les règles sont simples, il suffit de compter les buses que l’on aperçoit perchées sur les poteaux des clôtures qui longent l’autoroute depuis le début du trajet sur autoroute jusqu’à la sortie. C’est très simpliste comme jeu mais pas totalement ininteressant vous allez le voir.

Bien sur à la base, il faut savoir reconnaître une buse. Une buse ça ressemble à ça :

buse

Désolé je n’ai pas mieux, c’est moi qui fait les photos et pour les buses et bien je n’ai que ça à proposer.

En résumé c’est gros, plus qu’un corbeau ou qu'une corneille, ça a un bec crochu. Sur la photo elle est prête à s’envoler, elle a adopté une position horizontale, mais lorsqu’elle est perchée sur un poteaux le long de l’autoroute elle est beaucoup plus redressée que ça.

Il y a en a bien sur des deux coté de l’autoroute, lorsqu’on est tout seul à jouer, il est évident qu’on a tendance à louper des buses qui se trouvent à gauche de l’autoroute, il faut bien conduire aussi, on n’est pas là que pour compter les buses non plus.

La première fois que vous jouez Milbuse vous êtes surpris par le nombre de buses que l’on peut voir en bordure d’autoroute. Sur le trajet Paris – Rennes , un peu plus de 350 km, on peut voir en moyenne une trentaine de buses. Cela fait une buse tous les dix kilomètres.

Si vous faites une trentaine de kilomètre en pleine campagne, il n’est pas rare que ne vous ne voyez aucune buse. De temps en temps vous pouvez en apercevoir au sommet d’un arbre mais le long de la route quasiment jamais.

C’est que ça devient intéressant, qu’est-ce que les buses viennent faire en bordure d’autoroute ?

La réponse est évidente : elles viennent compter les voitures.

Non, vous avez raison, c’est peu probable.

Depuis le temps que je pratique le Milbuse, j’ai désormais ma petite idée.

Tout d’abord, il faut connaître le mode vie des buses. Elles se nourrissent principalement de petits rongeurs dont la taille va du campagnol jusqu’au lapin. Elles chassent à l’affût, du haut de leur perchoir, elle observent leur territoire et fondent sur l’imprudent qui aurait l’idée de sortir de son terrier sans regarder en l’air. Pour se déplacer d’une zone de chasse à l’autre, elles attendent que le soleil réchauffe le sol et elle s’élèvent alors dans le ciel en tournoyant, c’est généralement lorsqu’elles ont ce comportement en vol qu’on les voit le mieux. Un couple de buses occupe un territoire de plusieurs kilomètres carrés.

Au cours des nombreuses parties de Milbuse, j’ai pu observer les choses suivantes :

Je les vois quasiment toujours par paire, quand j’aperçois une buse, j’en aperçois une deuxièmes quelques centaines de mètres plus loin. Je vois donc un couple à chaque fois.

Lors d’une traversée de forêt, il n’y a pas de buse, ce qui est logique car la forêt n’est pas le biotope de la buse. Le biotope idéal c’est le bocage : des prairies entourées de haies.

Seulement voilà lorsque l’autoroute est bordé de bocage, il est rare que je vois des buses.

En fait, lorsque je vois les buses sur l’autoroute, à chaque fois cette dernière est bordée de champs cultivés.

Il y a une explication à cette observation.

Lorsque l’autoroute traverse le bocage qui est le biotope de la buse, elle trouve sa pitance dans son milieu. Les oiseaux sont posés quelque part sur un arbre au milieu des prés, ils n’ont alors aucune raison de s’approcher de l’autoroute, ils ont ce qu’il faut tout autour.

Lorsque l’autoroute traverse une zone de champs cultivés, le problème se pose de manière différentes. L’agriculture intensive a éliminé les arbres et poteaux, les buses n’ont donc plus de point d’affût. C'est particulièrement flagrant pour les immenses champ de la Beauce ou de la Champagne. Mais il y a pire, dans un champ de plusieurs dizaines d’hectares qui vient d’être charrué, il n’y plus de trace de vie de mammifères, la biodiversité est réduite à néant. La beauce par exemple est ainsi un immense désert de biodiversité. Dans ce cas le seul endroit ou la buse peut avoir un perchoir et une chance de trouver des petits rongeurs, ce sont les bordures d’autoroute.

Entre la route et le domaine privé, il y a une bande de friche ou d’aménagement paysager d’une ou plusieurs dizaine de mètres de large. Cette terre non remuée et les plantations paysagères sont le refuge de nombreux petits animaux. C’est ce que viens chercher la buse, son territoire au lieu de faire une patatoïde de plusieurs kilomètres carrés est constituée des deux bandes de friches de chaque coté de la route.

Ainsi le Milbuse nous apprends que les bordures d’autoroute peuvent s’avérer être les derniers sanctuaires de biodiversité dans nos paysages modernes.

Qui l’eut cru ?

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Un an

Cela fait un an quasiment jour pour jour que je n’ai pas publié d’article sur ce blog. L’année passée fut pourtant riche en événements et il y eu de multiples occasion de venir ici déposer un petit article.  Autant en profiter pour faire un petit bilan de 2010, sur un plan purement local limité à la région parisienne. C’est là que je réside et c’est donc là que je vais la plupart de mes observations, même si l’année fut ponctuée de plusieurs séjours dans le sud de la France L’évènement le plus marquant fut la persistance du froid durant l’hiver. Il a fait froid durant tout les mois de cette saison. Les conséquences ont été un retard significatif du débourrage des bourgeons au printemps. J’ai pu constaté plus particulièrement ce retard sur la vie des orchidées. La floraison a été très en retard et les fleurs étaient peu nombreuses. D’un autre coté ce fut une année à cerises. Ce retard du printemps, c’est aussi vu sur le plan des migrations, l’arrivée des visiteurs africains s’est décalée dans la saison et leur séjour s’est trouvé raccourci. L’été indien auquel nous commencions un peu à nous habituer a été de courte durée.

L’événement exceptionnel qu’a constitué le nuage du volcan islandais a forcément eu des conséquences que nous n’avons pas forcement vu.

Cet article très court n’a pour but que de relancer le blog. Je vais tacher d’être plus actif cette année. Les prochains articles vont suivre avec une fréquence plus régulière que l’année précedente, en tout cas cela fait partie de mes intentions.

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10 janvier 2010

La grande coche

1 janvier 2010

13h30

-5°C

Ciel nuageux

Suresnes 92150

Mont Valérien

Mémorial de la France combattante

croix

Les messages se multiplient sur les forums depuis plusieurs jours. Les informations ne sont pas toujours suffisantes pour trouver, mais là le spot n’est pas difficile à trouver. Il est en milieu urbain, c’est même un monument public fréquenté. Le GPS est inutile, je prépare le matériel et vu la météo je m’équipe en conséquence.

place

En ce premier jour de l’année, la fréquentation risque d’être très faible, de plus la température extérieure est négative, j’arrive donc sur des lieux déserts. Le mémorial est un monument situé sur une face du mur du fort du mont Valérien. Le mur d’enceinte du fort a une forme de pentagone. J’accroche le signe de reconnaissance de la communauté à mon cou. Arrivé devant l’esplanade du mémorial, j’aperçois deux personnes qui se réchauffent devant la flamme. De loin je ne suis guère capable de dire si elles sont venues pour la même chose que moi. Je me dirige vers la gauche du monument, un homme se détache du groupe, et se dirige vers moi. A une trentaine de mètres j’aperçois le signe de reconnaissance qu’il porte également à son cou. Plus qu’une vingtaine de mètres, il me jauge, je fais de même. Il n’y a quasiment plus de doute, mais il faut vérifier avec le mot de passe. Il engage le rituel de contact :

- Bonjour,

- Bonjour,

Je décide de lâcher le mot de passe

- Vous venez pour le tiko ?

- Oui, vous l’avez-vu?

- Non mais je sais où il a été vu!

Des sourires complices s’affichent sur nos visages, l’homme à grands gestes de la main appelle sa compagne. Je commence à décrire les emplacements où selon mes informations il a été aperçu.

L’homme est anglais, frigorifié,  il attend déjà depuis une heure, il a déjà été contacté par un autre membre du groupe qui est parti en éclaireur sur la façade Ouest du mur d’enceinte. Je lui propose d’explorer la façade Est pendant qu’il prépare un café pour se réchauffer. L’attente pourrait s’avérer longue...

Mais nous sommes cinq, le terrain est quadrillé, il ne devrait pas nous échapper.

Inutile de rappeler le signalement de l’individu, tout le monde l’a en tête. Nous échangeons nos numéros de portable, le premier qui repère l’étranger appelle les autres.

Je commence mon exploration.

J’arpente le chemin piétonnier qui longe la façade Est, je suis doublé par un joggeur puis je croise un homme accompagné d’une fillette et d’un chien., A 13h40 mon portable sonne, je décroche

-Bonjour, c’est David, est ce que c’est Dominique ?

-Oui, c’est moi

-Dominique, je le vois ……

-J’arrive !

Je ne sais pas si j’ai raccroché avant la fin de la phrase ou non. Ce que je sais, c’est qu’avant d’avoir fini de ranger le portable dans la poche, je courrais déjà.

Je dévale le chemin, l’homme, la fillette et le chien bloquent le chemin, je fais un écart sur la pelouse gelée, il n’y a pas de temps à perdre. J’arrive sur la grande place, j’aperçois David. Il est déjà en place.

Plus que trente mètres.

Vingt mètres.

Dix.

Contact.

Je pointe mon regard dans la même direction que David, j’aperçois une tâche qui bouge sur le mur...

c’est lui !

J’agrippe mes jumelles qui pendaient à mon cou, je les pointe vers lui. Pas de doute c’est le tiko ou plus exactement le tichodrome échelette.

DSC_0006

C’est la grande coche. La première de l’année.

Nous resterons ainsi une heure à observer cet oiseau.

Le tichodrome échelette est un oiseau plus petit qu’un moineau. Il possède un long bec fin. D’une couleur d’ensemble plutôt grise, ses plumes d’ailes sont d’un rouge écarlate.  Son biotope est le milieu montagnard et plus précisément les pierriers et les falaises. Il se nourrit d'insectes, et lorsqu'il chasse, il dégringole du haut des rochers en voletant comme un papillon puis il remonte les rochers en explorant chaque recoin,. A chaque fois qu’il fait un petit bond vers le haut il entrouvre ses ailes et la beauté des couleurs se révèle alors.

tiko

Pourquoi tant d’animation pour cet oiseau insignifiant ? et bien c’est parce qu’il n’a rien à faire là. C’est un oiseau qui vit habituellement en montagne du jura aux alpes. Le mont Valérien culmine quand à lui à 163 mètres, impressionnant pour des parisiens mais c’est une montagne ridicule par rapport à celles précitées. L’oiseau se nourrit de petit insectes logés dans les interstices des rochers, d’où son long bec fin qui lui permet d’explorer des petites failles. Alors le mur du fort c’est un restaurant gigantesque et l’oiseau est tout seul dans le restaurant.

La bestiole étant très rare en ile de France, les ornithologues déboulent de partout pour voir l’oiseau. Dans le microcosme de l’ornithologie, voir un oiseau pour la première fois, s’appelle faire une coche ou cocher. Cela vient du fait que pour identifier un oiseau, un guide est quasiment indispensable. Certains ornithologues se sont amusés à chaque fois qu’ils voyaient un oiseau pour la première fois, à marquer une croix  sur la page du guide correspondant à l’oiseau qu’il venaient de voir. Il y a différentes coches possibles, cela peut être la première fois qu’il est vu tout court, ou la première fois de l’année, la première fois dans une région donnée, etc… Personnellement c’était la première fois que je le voyais de près, c’était une grande coche.

Dans notre société nous éprouvons un besoin irrépressible de classer, de collectionner, de répertorier, de lister, c’est humain et je ne saurais dire pourquoi.

Et ce petit jeu de la coche peut sembler futile.

L’oiseau est parfaitement décrit dans les livres, il existe sans doute plusieurs reportages audiovisuels qui montrent tous les détails de sa vie.

Alors quel est l’intérêt de faire plusieurs kilomètres, pour juste voir l’oiseau « en vrai » ?

Ben ……y’en a pas !

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07 mai 2009

La cité du soleil

En ce début du mois de mars, (oui ! je sais ! l’intérêt d’un blog c’est de coller au plus près de la réalité, et publier un article début mai qui relate un évènement qui s’est déroulé au mois de mars, ça fait pas sérieux, mais ça ne change rien à l’histoire), je disais donc qu’en ce début du mois de mars, la température est plutôt fraiche, les gants, les bonnets et les polaires font partis de l’équipement indispensable pour le petit groupe de randonneurs partis à la découverte d’une vallée de l’Oise. Au détour d’un GR du val d’oise, à la croisée d’une route et d’un chemin de compostelle, entre deux clôtures, une petite pancarte interpelle les marcheurs « Amis randonneurs, Bienvenue à la cité du soleil », au dessous suivent des coordonnées téléphoniques et le nom de la personne à contacter. Un coup d’œil sur le terrain qui jouxte le GR, et on se rend compte tout de suite que si nous ne voyons pas encore très bien ce qu’est la cité du soleil on sait déjà que c’est forcément là. Une maison de plain pied en parpaings nus, un chemin de terre qui mène à la porte d’entrée, une voiture garée devant, le tout est entouré d’une pelouse laissée à l’abandon, jusque là rien d’extraordinaire. Mais ce qui frappe c’est ce qu’il y a sur la pelouse, ici, point de nain de jardins ou de roue de charrette fleurie, mais des petites cabanes en bois peintes en blanc, une grande caisse, une balançoire et une tente recouvertes d’un film plastique transparent . Une sorte de parc d’attraction ou de musée d’art moderne laissé à l’abandon. Après un examen détaillé du jardin, la curiosité s’est maintenant emparée du groupe. Après quelques instants de réflexion, le numéro de téléphone de l’affichette est composé sur un portable. Ca sonne, ça répond, c’est bien monsieur Léger et il est disposé à nous recevoir dans la cité du soleil. Nous acceptons la proposition en chœur.

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Après quelques minutes, la porte de la maison s’ouvre. Un vieux monsieur aux longs cheveux blancs attachés dans le cou, nous accueille. L’homme est jovial et avenant. Il tient dans la main un petit appareil de mesure que j’identifie comme étant un thermomètre électronique. Sa présentation est succincte, il a 78 ans, sa vie : c’est le soleil. Il est inventeur indépendant. Il a déposé plus de 50 brevets dans le domaine de l’utilisation de l’énergie du soleil. Alors que la température extérieure se situe autour de 5°C, il nous annonce qu’il a fait un bain de soleil dans son jardin en début d’après midi. Nous passons de la curiosité à l’incrédulité, et certains d’entre nous commencent à regretter de s’être arrêtés devant la pancarte. Nous ne nous doutons pas encore que nous allons assister à une véritable conférence sur l’énergie solaire avec démonstration à l’appui dans un laboratoire qui n’est autre que le jardin dans lequel nous nous trouvons.

Nous nous rassemblons autour d’une grosse caisse blanche, dont le couvercle incliné est une feuille de plastique, en regardant à travers on aperçoit un serpentin de tuyaux. Monsieur Léger introduit la sonde de son appareil dans la boite. Une moue se dessine sur son visage, juste avant de déclarer « là, c’est à 65 °, c’est peu, mais ce midi c’était à 96°, j’ai failli faire bouillir de l’eau », il fait toujours 5°C, nos yeux s’agrandissent d’étonnement. L’appareil devant lequel nous nous trouvons sert à chauffer l’eau d’une piscine d’une vingtaine de mètre cube. Notre conférencier tel le magicien qui veut montrer qu’il n’y a pas de truc ouvre la façade arrière de la boite, nous plongeons nos regards à l’intérieur. Il n’y a rien d’autre qu’un tube, pas de fil, pas de mécanisme, pas de tuyaux, rien. C’est juste une boite en bois, peinte en blanc, à l’intérieur elle est recouverte d’une espèce de mousse noire et elle est fermée par un couvercle en plastique.

Assailli de questions l’homme nous révèle petit à petit ses secrets. Le premier il est tout simple, c’est que la boite est étanche, blanche à l’extérieure et noire à l’intérieur. La surface noire absorbe les rayons du soleil, et la blanche les réfléchit. La mousse noire absorbe la chaleur et la transmet à l’air qui est prisonnier de la boite, qui s’échauffe à son tour et qui transmet sa chaleur à l’eau qui passe dans le tube qui traverse la boite. C’est le fonctionnement d’une serre. Tout le monde accepte le principe, mais de là à imaginer que ça suffit à faire bouillir de l’eau dans une marmite, il ne faut pas exagérer. Il y a forcément autre chose. Avec un petit sourire malicieux, l’inventeur nous demande d’estimer l’épaisseur de la fenêtre en plastique. La moyenne des réponses tourne autour de 2 mm.. Mais il nous annonce fièrement que la feuille de plastique qui recouvre la boite ne fait qu’un 1/10ème de mm d’épaisseur. Autrement dit ce type de film laisse quasiment passer la totalité de l’énergie solaire qui le traverse sans la réfléchir et en absorbant très peu d’énergie. De plus la mousse noire qui recouvre les parois est un peu particulière, c’est du verre cellulaire qui a des propriétés très absorbantes. Voilà, le secret de la boite magique, il réside dans la nature des matériaux employés. Ces derniers sont sélectionnés pour faire en sorte que l’énergie solaire est utilisée avec un maximum de rendement.

La visite du laboratoire se poursuit avec la présentation des différentes inventions, nous découvrons la bouilloire, le chauffe-eau pour piscine, le dessalinisateur, le sèche linge, la tente à bronzer,  le fumoir à poisson, le dessiccateur de graines. Autant de déclinaison de l’appareil de base qui est le capteur thermique composé d’un mélange de matériaux courant (contre plaqué) et de matériaux de haute technologie (film plastique et verre cellulaire).

Dans son discours, notre conférencier ne manque pas de lancer quelques piques acérées  sur les groupes industriels qui fabriquent les panneaux photovoltaïques. Il a imaginé une ville fonctionnant de manière autonome uniquement grâce à l’énergie solaire et sans utiliser les panneaux photovoltaïques.

Tout cela à l’air génial et tellement simple qu’on n’en arrive à se demander pourquoi ces idées ne sont-elles  pas plus développées. Face à une telle interrogation, je me remémore toujours la phrase de Paul Valéry « Ce qui est compliqué est cher,  ce qui est simple est faux » Le système présenté par Mr Léger est simple est pourtant il n’est pas faux alors quel est le problème ? La réponse est simple, c’est qu’il est cher à cause de la haute technicité des matériaux utilisés. Le capteur proposé ne demande aucun entretien pendant 20 ans, les matériaux sont connus. Mais il y a un inconvénient majeur que n’a pas une cellule photovoltaïque, les capteurs de Mr Léger sont incapables de fournir directement de l’électricité contrairement à la cellule photovoltaïque. Il est bien là le hic : l’électricité.

Notre inventeur l’a compris, aussi il a lancé le développement d’un capteur qui fait bouillir de l’eau créant de la vapeur qui fait tourner une turbine alternateur qui fournit de l’électricité.  Ce n’est pas très original, mais le pire c’est qu’il faut de l’eau, le panneau fait 2 mètres carrés, il faut absolument qu’il soit très étanche pour faire monter la vapeur en pression et surtout le rendement avec un moteur à vapeur risque d’être ridicule. En résumé, il y a peu de chance que cela fonctionne de manière efficace.

Je regarde le maître du soleil finir sa démonstration au milieu de ses boites blanches. En une heure, j’en ai appris plus sur le soleil que durant toute ma vie. Mon regard se pose sur la pelouse composée d’une vulgaire herbe qui utilise depuis des centaines de millions d’années une centrale de production d’énergie solaire sans équivalent, à savoir les chloroplastes qui sont le siège de la photosynthèse. Le constat est sans appel, nous avons encore tant à apprendre de la nature.

Vous pouvez visiter le site de Raymond Léger grâce au lien suivant http://www.lacitedusoleil.com/ 

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15 février 2009

La fleur qui voulait se faire oublier

Tout le monde connaît le perce neige, une plante dont la floraison survient au milieu de l’hiver au moment où il y a encore parfois de la neige. Mais il y a une plante sauvage de nos régions, qui la précéde. Elle fleurit tout l’hiver de décembre à fin mars.

L’hellébore, ça ne vous dit rien ?

Mais si ! rappelez-vous cette fable de La fontaine:

Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.

-Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Si tôt que moi ce but.

-Si tôt ? Êtes-vous sage ? Repartit l'Animal léger.
Ma Commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'hellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux.
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire ;
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des Chiens, les renvoie aux calendes, et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter, pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ; Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire ; tient la gageure à peu de gloire ;
Croit qu'il y va de son honneur de partir tard.

Il broute, il se repose, il s'amuse à toute autre chose qu'à la gageure.

À la fin, quand il vit que l'autre touchait presque au bout de la carrière, 
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit furent vains :

La Tortue arriva la première.
-Eh bien, lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
  De quoi vous sert votre vitesse ?
  Moi l'emporter ! et que serait-ce si vous portiez une maison ?

Le lièvre pensant que la tortue vient de péter un câble, lui dit aller se faire soigner. Et pour ce faire il lui recommande l’absorption de quatre grains d’hellébore. Attention ici il faut comprendre grains comme une unité de mesure de l’époque, où un grain valait environ cinq grammes. Dailleurs les graines de la plante ne sont pas évoqués ici, il s'agit plutot de poudre issue de la racine.

L’hellébore est en effet une espèce de plante qui était réputé guérir de la folie. En fait toutes les hellébores sont vénéneuses et contiennent un toxique qui attaque le système nerveux. Mais à petite dose, tout poison peut devenir remède.

helleboLa plus connue de la famille est sans doute l’hellébore noire.  C’est la rose de Noël , une petite plante aux fleurs blanches, qui fleurit même sous la neige. Elle fait un tabac dans les jardineries au moment de Noël et on peut la replanter dans son jardin sans aucun problème.

Elle s’appelle l’hellébore noire alors que ces fleurs sont blanches. Cela peut paraître étonnant, mais on a perdu l’habitude de raisonner en tant qu’utilisateur de la plante.

La partie de la plante qui est utilisée est la racine. C’est un purgatif puissant. Or cette racine est noire d’où le nom.

Elle est originaire de la méditerranée, mais elle s'acclimate très bien dans les jardins. Cependant elle n'est pas naturellement présente dans nos régions septentrionnales. Pas parce qu'elle ne supporterait le climat rude de l'hiver, elle est capable de tenir par -15°C, mais elle possède un petit désavantage par rapport à une autre hellèbore.

C’est celle que j'évoque dans le titre de cette article.

helleb1Cette cousine pousse partout en France y compris dans le nord, c’est l’hellébore fétide. Comme les autres, elle fleurit en plein hiver. Vous la rencontrez assez souvent dans les sous bois sur des sols un peu argileux. Les fleurs apparaissent dès décembre, elles sont encore visibles jusqu’en mars.

Elle passe pourtant souvent inaperçue et pour cause, elle le fait exprès. En effet en ces temps difficiles il vaut mieux ne pas se faire repérer par un consommateur potentiel. Elle emploie pour cela deux stratégies, premièrement elle est vénéneuse. Un animal qui se risquerait à en manger se verrait immédiatement confronté à des problèmes de système nerveux. Mais cela ne nous concerne pas, car nous avons perdu l’habitude de brouter à tout va lors de nos randonnées hivernales.

La deuxième stratégie par contre, fonctionne très bien vis-à-vis de l’homme. La plante passe tout simplement inaperçue. Pas facile d’avoir des fleurs grosses comme le pouce sans se faire remarquer, pourtant elle a trouvé une astuce toute simple, elle a des fleurs vertes.

helleb2

Le problème quand on a des fleurs vertes c’est qu’il n’y a pas que les animaux qui ne voient rien, les insectes non plus ne vous remarquent pas.

Alors elle attire les butineurs avec un autre moyen, à savoir l’odeur, d’où son nom : l’hellébore fétide. L’adjectif vient du fait qu’elle dégage effectivement une odeur désagréable. Et lorsqu’on la touche, l’odeur imprègne tout de suite les doigts ce qui constitue un bon moyen de se protéger contre toute velleité de cueillette.

Lors de vos balades hivernales, n’oubliez qu’au milieu de la nature endormie, il y a quelque part une plante en pleine floraison qui ne demande qu’une chose : qu’on l’oublie.

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01 février 2009

In Vino Veritas

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La fin du mois de janvier, est l’occasion pour moi de faire un voyage en terre bourguignonne. L’objet du voyage est d’assister à une fête patronale, celle des vignerons, la saint Vincent, pour plus de détails vous pouvez visitez ce site : http://www.st-vincent-tournante.fr/ . Un copain m’a fait découvrir cet événement depuis l’an 2000. Au fur et à mesure les différentes parties de notre voyage se sont ritualisées. Les grandes étapes sont les suivantes, le vendredi soir nous dormons à Avallon aux portes de la bourgogne, Le samedi départ à la fraîche pour arriver au village ou se déroule le défilé des vignerons, puis dégustations du vin de la saint Vincent. Puis le samedi après midi,  a lieu la partie essentiel du rituel : la dégustation chez un vigneron d’un petit village entre Beaune et Nuits saint Georges. Nous déposons nos affaires dans un hôtel tout proche et nous nous rendons à pied sur le lieu de dégustation. Vous l’aurez compris l’idée est de pouvoir se lâcher lors de cette dégustation sans crainte de se voir réprimander par la maréchaussée. Cette dégustation est toujours un grand moment, elle dure environ deux heures mais souvent plus et nous goûtons une douzaine de bon vins. La maison fait du vin depuis le début du siècle dernier. La devise de la maison est  « Loyauté fait ma force » mais la maxime que le vigneron cite le plus souvent est «  Il n’y a pas de mauvais vin, il n’y a que des mauvais vignerons ». Les vendanges se font à la main avec un tri manuel, le vin est élevé en fûts de chêne comme vous pouvez le voir sur la photo.

Toute dégustation faite dans cette cave est mémorable. Le vigneron est un véritable amoureux de son métier et de son vin. Dans la plupart des dégustations seule la qualité du vin est abordée, on palabre sur sa couleur, son goût, ses arômes, son nom. Ici, il en est tout autrement. L’homme parle de la terre, de la vigne, du raisin, des fleurs, des feuilles, des racines, de l’eau, de la taille, du froid, du soleil, de la pluie.

Je connais l’homme depuis longtemps, il m’est possible d’aborder des sujets habituellement éludés. Je lui demande alors quels sont les traitements qu’il applique à la vigne. Il m’explique qu’il traite peu, il n’utilise qu’un produit pour les maladies à champignons. Pour les insectes il utilise des pièges a phéromones. Ces sont des pastilles qui émettent des phéromones qui perturbent fortement le comportement sexuel des papillons qui fait que ce ceux-ci ne se reproduisent pas. Connaissant le bonhomme je me doutais bien que ce n’était pas un fou du traitement, je lui demande alors pourquoi il n’est pas bio. Il me réponds qu’il pourrait l’être, il y songe d’ailleurs sérieusement mais il y a un critère rédhibitoire c’est celui de l’utilisation du traitement contre les champignons. Mais la méthode l’intéresse, alors il a envoyé un éclaireur en terre bio.

Il a donné deux hectares à son fils, pour faire du bio. Malheureusement le bilan de l’année est plutôt mitigé, l’été ayant été pluvieux, de nombreuses maladies se sont abattues sur la vigne. Le vin sera difficile a vinifier car la matière première a souffert. Bio ou pas bio, de toute façon il faut traiter. Pour les champignons, il existe un produit traditionnel qui est la bouillie bordelaise. Son utilisation est tolérée en culture bio. C’est un mélange de chaux et de sulfate de cuivre. La chaux c’est du calcaire donc cela ne pose pas de problème pour le réintroduire dans le sol par contre pour le cuivre ça se complique un peu. Aussi la teneur en cuivre dans le sol est mesurée, la loi limite l’introduction de cuivre dans le sol. Ouf nous voila rassuré.

Mais car il y a un mais, la bouillie bordelaise est un traitement de surface qui ne pénètre pas dans la feuille, c’est pour ça qu’il est toléré dans la méthode bio. C’est très bien s’il ne pleut pas, mais à la première pluie le produit est emporté par l’eau jusqu’au sol et devient alors complètement inefficace. Hors la bouillie sert à traiter les champignons qui risque de proliférer lorsqu’il pleut. C’est la boucle infernale, il faut recommencer, mais pas trop pour rester dans les limites de la loi. Ainsi notre vigneron m’avoue que son fils a traité quatorze fois la vigne l’année dernière alors que lui n’a appliqué que six fois son traitement. Plus il pleut, plus le cuivre s’accumule dans le sol, ce qui fait qu’à termes la teneur dépassera les limites de la loi, le viticulteur devra abandonner  la méthode bio, ou changer d’endroit ou tricher ou apprendre à gérer une production fluctuante en qualité.

Ce dernier point, la qualité fluctuante du produit est le coeur du problème. Notre société de consommation ne supporte plus la fluctuation, la seule forme d’évolution tolérée est la croissance. La qualité du vin dépend pourtant de multiples facteurs dont un en particulier qui difficilement maîtrisable : la météo. Pour s’affranchir de ce facteur, la grande distribution a inventé la foire au vin. Le distributeur garanti aux consommateurs une qualité de vin permanente au fil des ans. Pour assurer cette offre, des négociants parcourent la France pour acheter les meilleurs vins de l’année dans chaque région. Le vin est acheté en grande quantité à des prix très raisonnable, la vente est assurée. Le grand distributeur et le producteur y trouvent leur compte, c’est du moins vrai pour l’année où le producteur a vendu son vin. Mais l’année d’après, il a obligation de résultat s’il veut être à nouveau sélectionné par les foires aux vins. Seul le grand distributeur est gagnant quelque soit l’année et quelque soit la météo.

Notre producteur, pour assurer une qualité de vin permanente qui répond aux critères de consommation de tricher un peu.

Pour baisser son coût de production, la première chose qu’il va faire c’est de passer de la vendange manuelle à la vendange mécanique. La vendangeuse est une grande machine qui enjambe le rang de vigne, des battoirs en caoutchouc frappent le cep de vigne. L’accroche de la grappe cède sous les secousses. Le raisin qu’il soit secoué, réduit en bouilli reste du raisin et son jus fermenté reste toujours du vin du moins suivant la dénomination commerciale. Pour ce qui est de la vigne par contre, on a du mal à me faire croire que la plante reste sans réaction au stress provoqué par le secouage violent de son pied. Un autre problème se pose, il n’y a pas de tri, la machine ne distingue pas la qualité des grappes. Tous les raisins sont mélangés et forment une bouillie qu’il va falloir agrémenté de quelques poudres magiques pour obtenir le vin que l’œnologue de la grande surface veut.

Heureusement l’œnologue de la grande surface a des copains œnologues qui vont aider notre viticulteur à faire du vin avec ses raisins en ajoutant quelques poudres magiques.

Le taux d’alcool n’est pas assez fort, quelques morceaux de sucre et tout s’arrange.

La fermentation a du mal à démarrer, pas de panique, une petite pincée de levures sélectionnées par les laboratoires de l’INRA et hop c’est reparti.

L’élevage en fut de chêne donne un petit goût boisé, qui accentue la couleur du vin, mais ça coûte cher les tonneaux. Pas de problème on ajoute des copeaux de bois, de quel bois ? hum ! il ne faut mieux pas demander.

Le vin rouge est rouge mais il serait juste un peu plus rouge que ce serait pas plus mal. Un soupçon d’exhausteur de couleur, comme pour la viande les saucisses et le tour est joué.

Tel arôme n’est pas assez prononcé, pas de souci, tout peu s’arranger.

Ces pratiques sont évidemment prohibées par les viticulteurs bio ou traditionnels. Mais alors , me direz vous, comment reconnaître à l’étiquette un vin qui n’est pas bio mais qui respecte quand même les méthodes naturelles et traditionnelles de vignification?

La réponse est simple vous ne pouvez pas, car en effet les seules mentions obligatoires sur une étiquette sont les suivantes : la dénomination du produit avec éventuellement l’appellation, le titre alcoolémique, le volume nominal, le numéro de lot (indéchiffrable), l’adresse de l’embouteilleur ( c’est le gars qui met en bouteille, cela ne donne aucune indication sur la provenance du vin s’il n’a pas d’aoc), la présence d’allergènes (ce sont des sulfites, tous les vins en contiennent difficile de dire qu’il n’y en a pas), la femme enceinte barrée. Rien n’empêche de faire une étiquette faisant apparaître une cave emplie de fut de chêne comme sur la photo alors le contenu de la bouteille n’en a jamais vu la couleur.

Si vous voulez acheter du vin qui vous convient, une petite visite de cave s’impose.

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15 décembre 2008

Mombo Requiem

O grand Mombo, tu étais le plus majestueux, le plus grand.

Tu étais tellement apprécié que nous avions créé des chansons populaires en ton honneur

Mombo sapin, roi des forêts
Que j'aime ta verdure
Quand par l'hiver, bois et guérets
Sont dépouillés de leurs attraits
Mon beau sapin, roi des forêts
Tu gardes ta parure

Aujourd’hui, mon ami Mombo, c’est avec une grande tristesse que j’ai appris ton décès par cette dépêche :

CITE DU VATICAN — Un immense sapin de Noël de 33 mètres de haut, le plus grand jamais installé au Vatican, a été illuminé samedi soir place Saint-Pierre à Rome.

Cet épicéa rouge venu de la vallée du Piesting, en Autriche, a été offert par des pèlerins autrichiens au pape Benoît XVI, qui s'est dit heureux de pouvoir l'admirer de la fenêtre de ses appartements.

Lors de l'illumination du sapin, des centaines de pèlerins autrichiens ont entonné des chants de Noël sous une pluie torrentielle.

Cet arbre de Noël est le plus grand jamais installé place Saint-Pierre depuis que Jean Paul II a initié cette tradition en 1982.

Cette année, le sapin est décoré de 2.000 boules de Noël dorées et argentées, de lumières blanches et d'une étoile brillante. Il se dresse à proximité d'une crèche de Noël plus grande que nature, qui sera dévoilée la veille de Noël.

Triste nouvelle ! S’excuser ne servirai à rien, de toute façon ma race ne s’excuse jamais.

La seule chose que je peux faire c’est d’essayer de t’expliquer pourquoi tu es mort.

Ceux qui t’ont abattu t’ont choisi parce que tu faisais 33 mètres de haut, ça peut paraitre idiot comme cause de mort mais pourtant c’est la réalité.

Eh oui ! mon ami, 33, c’est l’âge qu’avais le fils de dieu quand il est mort. Ils t’ont abattu juste histoire de faire un petit clin d’œil à l’histoire de leur religion. C’est faire preuve de bien peu de respect vis-à-vis de ton grand âge. Pourtant il n’en pas toujours été ainsi.

Il y a fort longtemps, mes ancêtres te vénéraient car pendant l’hiver alors que la nature était endormie et semblait morte. Toi, en restant vert, tu étais le symbole de la continuité de la vie, tu était le symbole de l’éternité. Au milieu de la nuit, tu étais là pour dire, « pas de panique, ce n’est qu’un mauvais moment à passer ». Après le solstice d’hiver, les jours recommençaient à s’allonger, c’était le signe d’un nouveau cycle. Alors mes ancêtres pour inviter la nature à renaitre accrochaient aux branches des arbres, des faux fruits, des fausses fleurs. Ils demandaient aux arbres de fleurir à nouveau, ils remerciaient le soleil de prendre à nouveau de la hauteur. Ils dialoguaient avec la nature, un lien existait entre l’homme et la nature. 

Mais au fil du temps, l’homme a fini par inventer un Dieu unique. Un gars qui  avait tout créé sur terre et ailleurs. Il dirigeait le vent, la mer, les nuages, le feu, tout ce qui existait sur terre. Plus la peine de parler aux arbres, aux oiseaux, à l’eau. Il suffisait de s’adresser à Dieu, c’est lui qui s’occupait de tout. Pour gérer le business, l’homme a inventé les religions, dont une s’est appelée le christianisme en l’honneur du type qu’il l’avait crée. Les chrétiens sont allés voir tous ceux qui parlaient aux arbres, aux sources, aux pierres, aux montagnes. Ils leur ont fait comprendre que c’était complètement idiot de parler directement à la nature alors que désormais on pouvait s’adresser directement au patron. Ils ont alors inventé le téléphone qui permet de parler à Dieu : la croix. Comme ce sont des gens super cool les chrétiens ils ont mis des téléphones partout, où avant, l’homme parlait à la nature.

Alors ils ont mis des croix sur les pierres levées, ils ont placé des statues de saints sur les sources, les fontaines, ils ont bâtis des églises et des cathédrales sur des failles géologiques, ils ont mis des croix sur le sommet des montagnes, sur les arbres, bref sur tous les points de dialogue avec la nature.

Mais les ancêtres parlaient aussi avec le temps, avec les saisons. Alors les gentils chrétiens ont récupéré le temps en créant le calendrier. Ils ont récupéré toutes les célébrations des saisons en mettant des fêtes de saint à la place. La célébration la plus importante, celle du retour du soleil au solstice d’hiver, ils l’ont récupérée en faisant coïncider cette date avec celle du jour de la naissance de leur dieu, symbolisant ainsi le fait que l’arrivée de la nouvelle lumière représenté par le nouveau dieu. Ils ont appelés cette fête Noël, ça veut dire nouvelle lumière.

Mais les anciens rituels avaient la vie dure, donc ma race a continué de décorer les arbres aux solstices d’hiver. Mais ils avaient oublié comment parler aux arbres, vu qu’ils ne parlaient plus qu’à Dieu. Alors au lieu de s’embêter à prendre froid dehors, ils ont amené le sapin à l’intérieur de la maison et ils ont remplacé les offrandes par des cadeaux qu’ils se sont fait à eux-mêmes. Comme il ne te parlait plus, cher Mombo, il ne t’écoutait pas non plus, ils ne sont pas rendu compte qu’en t'invitant à l'intérieur de leur foyer, ils te tuait.

La technologie évoluant, ils ont remplacé le feu de cheminée par des guirlandes électriques, les fruits par des boules en plastique,  les offrandes par des jouets pour les enfants.

Depuis quelques temps, certains commencent à se dire que le temps où on parlait à la nature c’était pas plus idiot que de croire qu’un type a construit le monde en une semaine.

Les chrétiens ont peur que les gens arrêtent de parler avec leur Dieu et qu’ils recommencent à parler directement avec la nature.

Mais ils sentent bien que la fin approche, alors comme baroud d’honneur pour bien montrer la suprématie de leur Dieu sur la nature. Ils ont décidé de tuer, l’hérétique sapin qui a eu l’arrogance suprême d’oser atteindre la hauteur de 33 mètres, profanation du chiffre sacré. Alors cette année ils ont choisit de sacrifier le plus bel arbre de la forêt, et c’était toi ô grand Mombo.

Ils sont allé te chercher en Autriche pour t’amener au centre de leur nation, au cœur de leur temple, à la place saint pierre de Rome, siège de leur grand souverain pontifical, celui qui établit le pont, celui qui fait le lien, le chef religieux.

Ils ont décoré ton cadavre de 2000 boules, ils ont orné ta tête d’une étoile d’or. Le rituel primal a été respecté jusqu’au bout, des prières sont montées de la foule transit de froid sous la pluie au moment de l’illumination de ta dépouille, illuminutation réalisée par des lumières électriques représentant le feu purificateur. Ils t’on symboliquement brulé en place publique et pas n’importe quel place, celle du centre de la chretienté. Ils t’ont d’abord tué, puis humilié, et enfin purifié par le feu.

Ainsi le rituel initial qui était destiné à célébrer le retour à la vie, à saluer le retour du soleil, est devenu un rituel sacrificiel, un rituel de mort.

Pour reprendre une parole de leur Dieu, je te le dis, ô grand Mombo, pardonne leurs car ils ne savent pas ce qu’ils font.

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08 décembre 2008

La petite phrase 2

Albert Einstein a dit

"Si l'abeille venait à disparaître, l'espèce humaine n'aurait que quatre années à vivre."

A priori, lorsqu’on lit une phrase comme ça, connaissant la réputation du gars qu’il l’a sorti, on aurait tendance à penser que l’humanité au lieu de se demander s’il y aura encore du pétrole dans 50 ans, elle ferait mieux de se demander s’il y aura encore des abeilles dans 10 ans, vu que 4 ans plus tard il y aura plus personne.

Le problème c’est que la phrase est au conditionnel, tant que la condition n’est pas remplie, l’humanité a encore de beaux jours devant soi, donc elle s’en contre fout des abeilles.

Cependant on peut se demander quelle serait l’attitude de l’humanité, si quelques signes montraient que la condition avait des chances de se remplir.

Depuis la fin des années 90, les abeilles ont une fâcheuse tendance à disparaître. Des colonies entières désertent les ruches. Et on s’en serait douté, chaque année qui passe c’est pire. Ce n’est pas un problème de nourriture car les rayons désertés sont parfois retrouvés gorgés de miel. Elles ne vont pas s’installer ailleurs, elles disparaissent tout simplement. Les causes possibles ont été identifiées, parasite, virus, toxines, pesticides, prédateur, ondes magnétiques, etc … Mais le mystère demeure car si les causes évoquées ci-dessus participent bien à la destruction des abeilles directement ou indirectement, aucune n’explique vraiment la désertion des ruches.

Les pesticides comme le Gaucho ou le Régent qui étaient accusés d’avoir provoqué le déclin des colonies ont été interdit à la vente depuis le début des années 2000 et la chute continue.

Bon pas de panique, pendant que les scientifiques essayent de trouver une solution au problème, peut être qu’il faut se préparer à la suite au cas où. Voyons voir le reste de la phrase

« l'espèce humaine n'aurait que quatre années à vivre »

…… whaouhh ……………

Euh, …. Quatre ans ça fait pas beaucoup ça !

Si c’est vrai, on n’est mal barré.

Mais au fait, c’est peut être pas vrai. Après tout Einstein il était balèze en math, mais il y connaissait peut être quedale en nature. Pourquoi il a dit ça ? Si les abeilles disparaissent, il n’y aura plus de miel et alors. On va pas tous crever pour autant et surtout pas en quatre ans.

Qu’est ce qu’il va voulu dire le père Einstein ? Sans doute la chose suivante, les abeilles réalisent la quasi-totalité de la pollinisation d’environ 20000 espèces de plantes et en particulier les arbres fruitiers. La raisonnement est le suivant plus de pollinisation donc plus de fruit, plus de fruit donc plus de plante, plus de plante donc plus d’animaux, plus d’animaux donc plus d’homme. Tout ça en quatre ans !?!?!

Ca parait peu probable que ça se passe comme ça, car les plantes utilisent une multitude d’agent de pollinisation, le principal étant le vent. Et avant que le vent disparaisse, il va encore couler de l’eau sous les ponts. Le plus gênant concerne les arbres fruitiers car ils ont choisit la pollinisation par les insectes, d’où leur jolies fleurs blanches qui les recouvrent au printemps. Mais l’humanité survivra sans problème à la disparition de quelques pommiers et beaucoup plus que quatre ans.

Au départ l’espèce humaine était principalement frugivore, puis elle introduit de plus en plus de viande dans son régime. La découverte du feu a permis de faire cuire la viande et de la rendre plus tendre. Puis l’homme a inventé l’agriculture et la domestication des animaux. La proportion d’alimentation carnée a encore augmenté.

Désormais la société humaine a fait un choix politique radical, celui de privilégier totalement l’alimentation carné, donc les arbres fruitiers rien à foutre, on laisse tomber on se démerdera sans, les abeilles je ne vous en parle même pas.

Je généralise peut être un peu trop concernant la société humaine, mais une chose est sûre notre pays à fait ce choix.

Vous voulez un exemple démonstratif, le voici :

Le gouvernement français (le seul dans l’union européenne) a autorisé l’utilisation d’un pesticide pour le maïs qui s’appelle le Cruiser, sur la fiche technique il est explicitement écrit que le produit est dangereux pour les abeilles , voici un extrait de la fiche technique  «  Dangereux pour les abeilles. Ne pas introduire de plantes pouvant devenir attractives pour les abeilles dans la rotation culturale ou appliquer des mesures permettant de limiter l’exposition des abeilles. »

Ce produit sert à éliminer des insectes qui s’attaque au maïs. L’affaire du Gaucho et du Régent n’a pas servi de leçon, on recommence les mêmes conneries. Alors j’ai du mal à croire que ce n’est pas volontaire.

Le maïs en France n’est utilisé que comme fourrage pour les animaux. La France a donc choisi de sauver le maïs au détriment des abeilles. La France a donc choisi de se spécialiser dans la production de viande en soutenant coûte que coûte la production du maïs et laisse tomber la production maraîchère fruitière en laissant tomber les abeilles. Elle compte sur les autres pays plus avantagés comme l’Espagne pour assurer la production fruitière de l’europe.

Ce choix a été fait sans nous consulter, nous sommes manipulés. Une petite chance de réagir, pour le moment un seul conseil : n’achetez que des fruits bio de production française, c’est à ce prix que ce joue le sort de nos abeilles.

Euh au fait …maintenant ça n’a plus d’importance mais ….

Einstein n’a jamais ni écrit, ni prononcé cette phrase.

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30 novembre 2008

La petite phrase

En 1875, Jean Henri Fabre, à mes yeux un le grand plus grand naturaliste de son temps, écrivit un recueil intitulé « Les serviteurs ». Les animaux domestiques sont le sujet de cet ouvrage. La structure du récit est un dialogue entre l’oncle Paul et son neveu Jules, le premier délivrant une magnifique leçon de chose à un enfant d’une douzaine d’année.

Je reproduit ici un extrait du chapitre consacré aux canards :   

« Comme le porc, le canard fait ventre de tout. Dans les eaux tranquilles, sa jubilation, il happe têtards et petites grenouilles, vers de toute sorte et coquillages mous, insectes aquatiques et menus poissons. Dans la prairie, il pâture les herbages tendres, il cueille la visqueuse limace, et même l’escargot, dont la coquille ne le rebute pas. Dans la basse-cour, offrez-lui restes de cuisine, épluchures de toute sorte, débris de jardinage, lavures de vaisselle, tripailles, et le glouton s’en fera régal.

Par sa voracité, le canard est donc d’un engraissement facile ; pourvu qu’il ait nourriture abondante et les ébats de la mare, soyez certain qu’il prendra graisse sans qu’il soit nécessaire d’autrement s’en mêler. Néanmoins, pour obtenir certains résultas, il faut aller au-delà de la gloutonnerie naturelle à l’oiseau et recourir à l’alimentation forcée. On enferme pendant une quinzaine de jours les canards dans un endroit obscur. Matin et soir, une servante les prend sur ses genoux, leur croise les ailes et leur ouvre le bec de la main, tandis que de l’autre elle lui bourre le jabot de maïs bouilli. Ainsi gorgés de nourriture à outrance, les malheureux canards passent leur captivité accroupis sur le ventre, toujours haletants, presque sans respiration, à demi étouffés. Quelques-uns périssent d’oppression ? Enfin, le croupion distendu de graisse étale en éventail les plumes de la queue sans pouvoir les refermer . C’est le signe de l’engraissement parvenu à son extrême limite. On se hâte de décapiter les misérables bêtes, qui ne tarderaient point à périr d’asphyxie.

Jules : - Et pourquoi, s’il vous plait, ces horribles tortures, puisque le canard s’engraisse fort bien tout seul ?

Paul : - Hélas ! mon ami, les satisfactions du ventre nous rendent cruellement ingénieux. Dans l’état de continuelle suffocation où se trouve l’oiseau gorgé de maïs bouilli, une mortelle maladie se déclare, la maladie des goinfres, autant chez l’homme que chez le canard. Le foie prend un développement énorme et se change en masse informe, toute molle suant la graisse. Eh bien , ce foie décomposé par la maladie est, à ce que disent les connaisseurs, un manger sans pareil. Je m’en rapporte à leur dire, ne pouvant invoquer mon expérience, ici complètement nulle ; car entre nous, mes amis, je vous avouerai que de pareils raffinements répugnent à l’oncle Paul. A mon humble avis, c’est acheter trop cher une bouchée graisseuse que de soumettre le canard à d’épouvantables tortures. J’ajoute qu’avec ces foies se préparent les pâtés d’Amiens, et les célèbres terrines de Nérac et de Toulouse. »

Que rajouter ?

Les fêtes approchent, et le foie gras fait partie des plats traditionnels voire incontournable des repas de fin d’année. La tendance actuelle est de vouloir consommer des aliments de qualité. Fini l’époque de la malbouffe. Désormais pour une soirée réussi tout doit être étiqueté bio. L’industrie agro-alimentaire surfe sur cette vague et estampille à tout va, du 100% naturel, 100% terroir, bio, etc… A partir du moment où le consommateur voit le label bio apposé sur le produit, il ne se pose plus de question. L’industriel l’a très bien intégré, amis malheureusement pour lui, pour le moment le foie gras de canard ne peut être bio. C’est la loi qui le dit. Voici un extrait du règlement du conseil européen :

« RÈGLEMENT (CE) N° 1804/1999 DU CONSEIL

du 19 juillet 1999

modifiant, pour y inclure les productions animales, le règlement (CEE) n° 2092/91 concernant le mode de production biologique de produits agricoles et sa présentation sur les produits agricoles et les denrées alimentaires »

et le paragraphe qui nous intéresse aujourd’hui

« 4. Alimentation

4.1. L'alimentation vise à une production optimale en qualité plutôt qu'en quantité, tout en respectant les besoins nutritionnels des animaux aux différents stades de leur développement. Les pratiques d'engraissement sont autorisées dans la mesure où elles sont réversibles à tout stade du processus d'élevage. Le gavage est interdit. »

C’est écrit en toute lettre et très explicite « le gavage est interdit ». Seulement voilà, si on retire les quatre mots de cette petite phrase du texte réglementaire. Une faille s’ouvre, il n’y a plus d’interdit il ne reste que des « pratiques autorisées ». Et que croyez vous que réclament les lobbies agro-alimentaires en ce moment : la suppression de cette petite phrase.

Et pour arriver à leur fin, nous faire bouffer par tous les moyens du foie gras bio, il faut convaincre les députés des commissions que le gavage n’est pas contradictoire avec une production dite « bio » et pour convaincre les députés il faut d’abord nous convaincre car c’est nous qui élisons les députés.

Ils ont déjà bien travaillé, ils ont déjà rendu bio tout ce qui ne concernait pas le gavage, le maïs utilisé est bio, l’élevage des canards en dehors du gavage est bio, la chaîne du fabrication et de mise en conserve du foie gras est bio.

Il ne reste qu’un verrou à faire sauter : la petite phrase.

Alors ils vont nous gaver de campagne médiatique pour nous convaincre que le gavage est parfaitement naturel.

L’argument généralement avancé est que le canard s’engraisse naturellement, jusqu’à avoir le foie dilaté jusqu'à représenter 10% de son poids, ce qui correspond à la limite autorisée par la réglementation. Donc le gavage ne fait que reproduire un phénomène naturel. L’argument de l’engraissement n’est pas faux. Les canards domestiques sont issus des canards sauvages migrateurs. Et tous les ans, lorsque la durée de luminosité du jour diminue. Instinctivement tous les oiseaux migrateurs commencent une activité frénétique qui consiste à se gaver de nourritures de manière à faire des réserves pour supporter l’effort considérable que nécessitent les vols de migration. Les canards domestiques ont gardé cet instinct. Alors quel est le problème ?

Eh bien les canards sauvages ont une nourriture variée, le foie grossit parce que l’oiseau mange beaucoup plus et surtout ils ont une activité physique très importante. A la fin de cette période de suralimentation le foie reprend sa taille normale. Dans le cas du gavage c’est différent, le gavage se fait avec du maïs qui est bourré de protéines. Le foie se sature de graisse. Le canard même élevé en plein air ne fait pas autant d’exercice qu’un canard sauvage. Attention le foie n’est pas malade, il n’y a pas de cirrhose. Mais il est saturé et finira par ne plus fonctionner, l’opération à ce stade n’est plus réversible.

L’autre argument avancé est que sur la base d’étude pseudo-scientifique l’animal ne souffre pas durant le gavage. Pour preuve il ne crie pas et s’il se débat c’est juste à cause du stress de la capture.

On oublie de dire que le canard utilisé pour faire du foie gras est le canard mulard qui est issu d’un croisement entre le canard de barbarie et une oie. C’est donc un hybride, et celui-ci est stérile.

Le canard de barbarie et aussi appelé le canard musqué à cause de son odeur, mais surtout on l’appelle aussi le canard muet car il ne crie pas. Voilà l’explication du silence de l’animal.

Maintenant vous comprenez pourquoi, sur les médias complaisants (c'est-à-dire pratiquement tous) les reportages montrant la fabrication du foie gras sous un angle positif se multiplient. C’est parce que derrière, des officines oeuvrent à la suppression de « la petite phrase ».

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04 novembre 2008

Le châtaignier : cet intrus.

Quand j’étais en CE2, lors d’une dictée, j’avais commis la faute impardonnable d’avoir orthographié « châtaignier » comme suit : « châtaigner ». J’avais bêtement pensé que le son « nieu » était déjà contenu dans le « gn » donc inutile d’ajouter un « i » ; grave erreur ! J’avais alors été cordialement invité à copier cent fois le mot « châtaignier ». La punition effectuée quelques semaines plus tard, nouvelle dictée contenant le même mot, et là je ne sais pas ce qui me passe par la tête, j’ai réfléchi pour être sûr de ne pas me tromper et évidemment j’ai à nouveau écrit « châtaigner ». Etant donné qu’il y avait récidive, le niveau de la sentence grimpa aussitôt vers les sommets et je fut invité à passé mon mercredi après-midi à copier mille fois le mot « châtaignier ». Aucun adulte ne fut en mesure de m’expliquer pourquoi il fallait mettre un « i », la seule chose que j’avais compris c’est qu’il fallait faire comme pour pomme, cerise ou poire ; pour avoir le nom de l’arbre il fallait remplacer le « e » final par « ier » sans se poser de question. Cela voulait dire que la châtaigne était un fruit au même titre que la prune.

Cette anecdote a eu lieu il y a une trentaine d’années, aux portes de l’armorique dans une petite école privée. Plus tard j’ai fais du latin, et j’ai enfin compris comment certains mots se construisaient.

ch_taignier

Bon de nos jours, il suffit d’aller sur wikipédia et l’on apprend en quelques minutes que le nom « châtaignier » vient du mot « castenea » qui donne « châtaigne ». On apprend également que le nom vient du nom d’une ville grecque, et que le châtaignier est un arbre méditerranéen.

Le nom de la ville grecque fait partie des choses que l’on a du mal à deviner tout seul. Par contre, il est peut être possible de deviner si l’arbre est dans son élément.

Lorsque l’on se promène dans les forêts de la région parisienne, en observant de plus près cet arbre, on s’aperçoit assez rapidement que quelque chose cloche.

Examinons les différences avec les autres arbres familiers que sont le chêne, le hêtre, l’orme, le charme, le bouleau etc….

Au niveau écorce, rien de bien particulier à dire, elle ressemble à celle du chêne.

Au niveau habitat, l’arbre est souvent mélangé aux autres donc là aussi il est difficile d’en déduire quelque chose.

Par contre ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est qu’il a des feuilles beaucoup plus grandes que les autres arbres. C’est un premier signe. Le hêtre, le charme, le chêne sont les espèces qui forment la majeure partie de la sylve parisienne. Ces trois essences ont des feuilles de taille comparable. C’est par la feuille que se font les échanges avec l’atmosphère, c’est une bonne indicatrice du climat. Celle du châtaignier est beaucoup plus grande que la moyenne. C’est une plante qui sait que ça vaut le coup de faire des grandes feuilles car elle sait qu’elle aura beaucoup de soleil. C’est clair le châtaignier aime le soleil et même beaucoup. On peut commencer à se douter que la plante vient d’un climat plus chaud que celui de la région parisienne.

Et puis surtout évidemment il y a les bogues épineuses des châtaignes, à part le marronnier d’inde (mais lui vu son nom on sait qu’il n’est pas d’ici ), c’est le seul arbre qui possède cette singularité.

On peut comprendre que la bogue est un moyen de défense contre les rongeurs, effectivement on voit mal un écureuil, ou un mulot réussir à décortiquer une bogue sans se faire mal. La châtaigne est bien protégée. Lorsque le fruit grossit il est protégé, lorsqu’il est mur l’ensemble bogue plus châtaigne tombe par terre.

Mais il reste un problème s’il le fruit reste indéfiniment dans sa coque, il ne rentrera jamais en contact avec le sol. Il faut bien à un moment donné que la châtaigne sorte de sa bogue et rentre en contact avec le sol pour pouvoir germer.

Comment le châtaignier va-t-il faire ?

La solution est toute simple, il suffit de nous regarder, nous les humains. Pour ramasser les châtaignes sans nous piquer les doigts. Nous commençons par piétiner la bogue afin de séparer la bogue des fruits. Une fois que c’est fait on sélectionne et on ramasse les plus beaux fruits. Les autres sont maintenant au contact du sol et peuvent commencer à germer.

Seulement voilà, les hommes n’ont pas toujours été là, alors comment il faisait avant le châtaignier tout seul dans sa forêt sans nous.

C’est une technique qui n’est pas pratique dans un milieu fermé comme la forêt. Qui viendrait piétiner les bogues ?

Par contre si on imagine le châtaignier dans un milieu ouvert comme une prairie, ça fonctionne.

Le milieu ouvert lui permet de capter toute la lumière qu’il faut pour ses grandes feuilles. Le climat est chaud et l’arbre est le bienvenu pour fournir de l’ombre à un troupeau de ruminant. Les ongulés dont les sabots ne craignent rien des épines des bogues, lorsqu’ils viennent profiter d’un répit à l’ombre de l’arbre, écrasent au passage la bogue et enfonce la châtaigne dans le sol.

Le châtaignier vient donc d’un climat chaud et apprécient les milieux ouverts. Les pourtours de la méditerranée peuvent convenir à ces critères.

Donc ce n’est pas un arbre de forêt. Bon alors pourquoi, on le trouve en forêt et au dessus de la loire.

Ben une fois de plus, c’est nous qui avons modifié un petit peu le cour des choses.

Au XVIIème siècle, le duc de Montmorency a fait planter la forêt éponyme. L’objectif était de protéger Paris et le roi, la forêt a servi à ralentir les envahisseurs potentiels qui à l’époque avaient tendance à débarquer du nord. La forêt de Montmorency a été crée de toute pièce pour cela. Il fallait une essence qui pousse vite, sur un sol non cultivable, et qui ne soit pas une essence noble pour la marine, le châtaignier était alors le candidat idéal.

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24 juillet 2008

Drôle d'oiseau

Jean Pierre Tagueul est le garde champêtre de Maifesse.

Niché au fond du bocage bouchonnois Maifesse est ce qu’on appelle un petit village de caractère. La gendarmerie la plus proche est à 30 kilomètres dans le chef lieu de canton. Alors avant d’appeler les autorités, quand ce n’est pas trop grave on appelle d’abord Tagueul. Aussi sur des problèmes de voisinage de temps en temps Jean Pierre joue un peu à l’inspecteur.

Résoudre des enigmes, il aime ça, Jean Pierre. Lors d’un séjour à Paris, à l’aide de son amie Anaudou, il avait résolu le mystère de la tombe de Toussaint C.  Dans le mystère qui est relaté dans cet article, Jean Pierre va encore avoir affaire à un drôle d’oiseau.

C'est lundi matin Jean Pierre va prendre son crème habituel chez la mère Nibarb, enfin chez Yvette quoi. C’est un petit commerce qui fait bar tabac, pmu, avec une petit épicerie de première nécessité dans la pièce du fond. C’est Yvette la patronne, elle a monté l’affaire après la mort de son René. René nibard c’était l’electro-plombo-mecano du village, il avait un petit atelier de ferronnerie. Mais des commandes de portails y’en avait pas tous les jours alors il avait étendu son activité.

Depuis la mort de son époux, Yvette vit chichement dans ce qui était autrefois l’atelier. C’est une pièce toute simple, chauffée par un poêle à mazout, il y ajuste un lit et une commode sur laquelle trône une photo de rené. Il n’y a rien d’autre car la pièce à vivre c’est le bar, elle y passe la journée entière et ne regagne sa chambre que pour y dormir.

Le bar c’est le lieu de passage de tout le village, c’est le centre de vie.

Ce matin au lieu de son café habituel Jean Pierre vît arriver un ballon de rouge.

- Ben alors Yvette qu’est ce qui se passe ? dit Jean Pierre étonné

- Quoi, y se passe rien pourquoi tu me demandes ça, répondit sèchement Yvette

- Ben .. Yvette voyons regardez, vous m’avez déjà vu boire un coup de rouge dès le matin ?

- Oh la la , Jean Pierre, escuse-moi. J’ai plus ma tête à moi depuis trois jours

- Rien de grave, j’espère

- En fait, je ne dors plus. Il y a quelqu’un qui vient me réveiller chaque nuit dans ma chambre

- Comment ça quelqu’un?

- Cela fait trois fois que je me réveille au milieu de la nuit, parce quelqu’un me dit de me reveiller, et à chaque fois j’ouvre les yeux, j’allume la lampe et la rien ! personne ! Enfin je ne vois rien mais je suis sur qu’il y a quelqu’un

- Vous devez rêver

- Non, j’ai la preuve que quelqu’un vient car il laisse quelque chose à chaque fois

- Comment ça

- Oui depuis trois jours, je retrouve tous les matins une plume au pied du lit

- Humm…… vous voulez dire que quelqu‘un rentre chez vous, vous réveille, repars et vous laisse une plume comme carte de visite ????

- Ben en résumé ….. oui… c’est ça

- Ecoutez Yvette, fermez votre porte à clé et vous verrez que vous rêvez

- Mais Jean pierre, …je ferme toujours ma porte à clef. La clef reste sur la serrure, la fenêtre est fermée. Dès qu’il me réveille, j’allume la lampe, et à chaque fois rien.

Jean Pierre a soudain comprit qu’il était face à un nouveau mystère. Son esprit d’enquêteur se mit immédiatement en marche.

-         Dites moi Yvette, à quoi elle ressemblent vos plumes. On pourrait les montrer à Amandine, elle connaît très bien les oiseaux

-         Ouh Là, Jean Pierre je te les donne sans problème

Au même moment Amandine Dufion fait son entrée. C’est la stagiaire de la mairie pour le développement qui va durer. Elle est ornithologue de formation.

-         Tiens Amadine, Bonjour. Tu tombes bien. Lance Jean Pierre

-         Bonjour monsieur Tagueul, bonjour madame Nibard, pourquoi est-ce que je tombe bien?

-         On voudrait avoir ton avis sur des plumes.

-         Avec plaisir, elles sont où vos plumes ?

Yvette passa derrière le bar, et revint dans la salle, elle étala trois plumes sur la table de Jean Pierre. C’étaient trois plumes blanches étincelantes.

plume

-    Alors Amandine ça vient de quel piaf ces plumes ? On dirait des plumes de cygne, avança Jean Pierre

      - Humm monsieur Tagueul, il y a quelque chose qui ne va pas, dit Amandine en faisant la moue

    - Qu’est ce qui ne va pas?

     - Ce ne sont pas des plumes d’oiseaux.

     - Qu’est ce qui se passe ce matin vous me jouez une blague, d’abord le ballon de rouge à la place du café, et maintenant tu me racontes que ces plumes c’est pas des plumes d’oiseaux, c’est quoi alors des plumes de lapin ?

        - Monsieur Tagueul ne vous énervez pas. Si je vous dis que ce ne sont pas des plumes d’oiseaux c’est que cela n’en est pas

-Qu’est ce qui te fais dire ça mademoiselle Dufion ?

- Une plume d’oiseau ça sert à voler

- wahouh première nouvelle !

- Et ouais !!! et ben celle là elle ne peuvent pas servir à voler.

- et a quoi tu vois ça

- regardez, elles sont formées d'une membrane

- je ne comprends pas

- hum ... voici une plume de cygne

Amandine venait de tirer une plume d’un petit sac qu’elle tenait à la main.

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-         Je suis passé ce matin près de l’étang j’en ai ramassé une pour ma collec. Vous voyez que ça n’a rien à voir

-         Rien à voir, c’est vite dit. Ca ressemble quand même un peu non ? Répondit Jean Pierre

-         Pas du tout, monsieur Tagueul, les plumes de madame Nibard sont formées d’une membrane, alors que les vrais plumes sont constituées d'une tige principale et de pleins de petites ramifications latérales appelées barbes qui sont accrochées entre elles. Dailleurs vous pouvez facilement les séparer avec les doigts. Et ensuite vous pouvez à nouveau les faire s’accrocher en lissant la plume

-         Oui, c’est vrai ça. Même que je me suis toujours demandé comment ça marchait.

-         C’est tout simple, mais ça ne se voit qu’au microscope. Chaque barbe est constitué d’un coté de crochets et de l’autre coté de petits poils rigides droits. Quand vous rapprochez les barbes, les crochets s’accrochent aux poils de la barbe d'a coté, un peu comme un velcro.

-         J’ai compris, mais pourquoi se compliquer la vie. Ca aurait été plus simple pour les piafs d’avoir une membrane comme les plumes d’Yvette

-         Non, monsieur Tagueul car ce système de barbes qui s’accrochent entre elles, permet d’avoir une structure à la fois très rigide, très souple et très légére. Les barbes constituent une charpente nervurée solide. Et elles sont à la fois articulées entre elles et solidaires.

-         Fallait y penser

-         Eh oui, c’est très ingénieux. Dès que l’homme à voulu imiter l’oiseau il a construit des ailes membraneuses comme dans les ailes delta par exemple. Mais face aux contraintes du vent, la membrane très solicitée se déchire parfois et c’est l’accident fatal. Alors pour éviter ça, il faut construire une membrane plus résistante, donc plus épaisse, donc plus lourde. Alors que la plume en cas de problème, elle se déchire sous la pression, mais elle se racommode toute seule aussitôt.

Jean Pierre fit tourner la plume de cygne dans ses mains, encore tout étonné de se rendre compte qu’il avait dans ses mains un fabuleux trésor technologique.

C’est à ce moment que Raphael Deburne fit une entrée remarquée.

- Dis donc Raph, tu schlin… enfin.. euh .. tu sors d’où, lança Amandine

- Oui, je sais, je sens la merde, je viens d’aller nettoyer la pompe de relevage de la fosse de la salle communale, répondit Raphaël.

- Pouah !!! C’est pas possible va te changer.

Raphaël Deburne c’est un peu le remplaçant de René Nibard dans le village. Il est le plombo-mecano-electricien de Méfaisse.

-         Non attends, puisque tu es là, Raph , j’aimerais bien que tu jettes un œil avec moi sur la serrure de la chambre d’Yvette, si vous n’y voyez pas d’inconvénient bien sûr Yvette,demanda Jean Pierre de plus en plus intrigué par l’histoire du visiteur mystérieux

-         Pas de problème, les gars, la clé est dans la serrure, je vous fais confiance.

Jean Pierre accompagna Raphaël dans l’arrière cour. Raphaël examina rapidement la serrure sans rien noter de particulier. Puis il poussa la porte, et au moment ou il arriva au centre de la pièce un bruit strident se mit à résonner. Il provenait d’un objet attaché à sa ceinture, qui émettait une lumière rouge

- Oh nom de Dieu, Putain c’est pas vrai, Sors de là Jean Pierre, cria Raphaël

Raphael se précipita vers la fenêtre et l’ouvrit en grand, il se pencha et respira à plein poumon

- Bon dieu qu’est ce qu’il y a, s’écria Jean Pierre qui venait de ressortir de la pièce.

La sonnerie s’était maintenant arrétée.

-C’est mon détecteur de gaz! La vache la pièce était pleine de monoxyde de carbone. C’est hyper dangereux. Le poêle à mazout doit être mal réglé, putain heureusement que je suis venu la vielle aurait pu y passer, dit Raphaël

- C'est-à-dire

- Le monoxyde de carbone c’est qu’il ya de pire, tu t’endors tu sens rien et tu te réveilles jamais, la mère Nibard aurait pu rejoindre son René à tout moment

- Tu peux réparer ça ?

- oui, il suffit de décrasser le bruleur

- Fais le tout de suite, il faut que je vois Yvette

Jean Pierre se précipita dans le bar le cerveau en ébulition, quelque chose avait fait tilt dans sa tête.

-         Yvette, je peux vous posez une question ? Lorsque le type vous réveille qu’est ce que vous faites exactement.

-          Ben en fait j’allume la lumière, je me lève. J’ai  la tête qui tourne, j’ai besoin d’air frais à chaque fois, alors j’ouvre la fenêtre et je respire un bon coup, et puis.. ben rien comme je vous l'ai dit, je suis un peu choquée alors je reste là debout devant la fenêtre.

      -    Yvette!! Je sais qui est venu vous voir !!

      -     Ah Jean Pierre vous me croyez. Et c’est qui ce pervers?

      -    Oh Yvette ce n’est pas un pervers c’est quelqu’un qui veille sur vous et qui vous a sauvé la vie trois fois en vous réveillant juste avant la fin

      -    Mais c’est qui ?

      -    Vous êtes né quand

      -    Le 4 aout pourquoi ?

      -    Hum….. vous connaissez un certain Yeratel

      -    Non

      -    Eh bien, c’est quelqu’un qui vous veut du bien

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09 juillet 2008

Gracie mille!

Oui ! je crois qu’on peut lui dire merci à l’herbe aux mille noms, aux mille vertus et aux mille trous.

Bien évidemment comme pour le mille pattes qui n’a pas mille pattes, ici mille n’est pas à interpréter comme le nombre mais comme un qualificatif qui veut dire beaucoup.

                                              

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C’est plante est une panacée, c'est-à-dire que c’est un remède universel. Ce n’est tout a fait vrai mais elle permet de soigner beaucoup de choses. Jugez plutôt, elle guérit les dépressions, la mélancolie. C’est un diurétique. Elle permet de soigner les troubles hépatiques et digestifs. C’est un anti inflamatoire on applique une préparation faite de ses fleurs macérés dans l’huile, sur des plaies, des contusions, des piqûres, des brûlures, des ulcères. Un massage avec cette huile peut soulager d’une sciatique ou de rhumatisme.
Les milles vertus sont largement justifiées. Elle a quand même un petit défaut elle possède des propriétés photo sensibilisantes, qui lui vaut une mauvaise réputation auprès des éleveurs de moutons ou de bétails. Une trop forte consommation peut entrainer la formation d’érytèmes.

 

La quantité de noms qu’on lui attribue est aussi impressionnante, les scientifiques l’appellent Hypericum perforatum, erica c’est la bruyère en grec, upo ou hyp qui veut dire presque, donc c’est une presque bruyère, je n’ai pas compris pourquoi car les deux plantes sont vraiment différentes. On l’appelle aussi chasse-diable, sans doute pour plusieurs raisons, son bois lorsqu’il est brûlé dégage une odeur d’encens et elle était utilisé pour soigner des dépressions légères, les personnes gagnés par la mélancolie était considérées comme possédées. C’est aussi herbes aux piqûres, l’herbe aux brûlures, car elle permet de soulager ces maux. Elle est surtout pour être surnommée l’herbe de la saint jean, elle fleurit fin juin début juillet, au moment de la saint Jean et du solstice d’été, c’est une plante solaire, elle est d’un jaune éclatant. Son nom commun c’est le millepertuis, c'est-à-dire le mille trous.

Les mille trous ne se voient pas tout de suite, il faut s’approcher de la plante. Lorsque l’on est suffisamment près on peut apercevoir sur les feuilles des petits points. Cueillons une feuille et plaçons face au soleil, là c’est flagrant, les petits points sont des trous. La plante semble percée de mille trous. 

                                                  mille

Pourquoi des trous ? Tout a une fonction dans la nature, ces trous en ont forcément une. Pourquoi une plante s’amuserait-elle à créer des trous. Cela n’a pas de sens.

Effectivement cela n’a pas de sens pour une bonne raison c’est que ce ne sont pas des trous.

En regardant encore d’un peu plus près avec un microscope par exemple, on se rend compte que ce ne sont pas des trous, mais des glandes sécrétrices. Et c’est l’huile essentielle libérée par ces glandes qui possède les vertus décrites plus haut. Les pétales en contiennent aussi.

Une plante aussi utile à l’homme, cela parait extraordinaire. Effectivement on peut lui dire merci et même mille fois merci. Elle était déjà utilisée il y a trois mille ans. Nous nous intéressons beaucoup à tout ce qu’elle peut nous apporter. Mais nous sommes nous intéressé à la plante elle-même. Le millepertuis n’a pas crée cette huile pour nous les hommes alors il reste une question en suspend.

L’huile essentielle qu’il produit, à quoi ça lui sert au millepertuis ? Comment utilise t-il ses glandes ?

Est-ce un poison pour une chenille ? Est-ce attractif pour des insectes ? Est-ce un répulsif ?

Etant donné la position des glandes (sur les feuilles) je pencherai pour un poison à chenille. Etant donné les propriétés photosensibilisantes de l’huile essentielle, on peut imaginer qu’une chenille qui s’attaquerai à la plante mourrait quelque temps après, grillée au soleil.

Je ne connais pas la réponse.  Tout ce que je sais c’est que le millepertuis ne fabrique pas son huile essentielle pour nous, il la fabrique pour lui dans un but bien précis. Contrairement à ce que dit l’adage populaire, la nature ne nous offre rien. La nature vit d'abord pour elle-même, l'homme grâce à son intelligence a su puiser les éléments qui lui sont utiles, mais il ne faudrait penser que le reservoir est inépuisable. La nature ne va pas se battre pour permettre la survie de l'homme, à lui de ne pas l'oublier.

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21 mars 2008

Le boulot à Robert

Robert, c’est pas un marrant, c’est plutôt un ténébreux. Il n’y a qu’une seule chose qui le fait rigoler, c’est une charade qu’il raconte à tout le monde. Lui il trouve ça drôle, je vous laisse juge.

Charade :

Mon premier est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon deuxième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon troisième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon quatrième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon cinquième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon sixième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon tout est une saison laquelle ?

Réponse : Le printemps

Parce que les six rondelles sont de retour

Ca le fait rire Robert, parce que son job a un rapport avec la charade. Le boulot à Robert,  consiste à surveiller les nids d'hirondelles lorsqu'elles sont en Afrique.

Cela fait des années que les scientifiques essayent de comprendre le mécanisme des migrations, et surtout comment elles font pour revenir nicher dans le même nid que l'année précédente. Le truc, c’est qu’il y a quelqu’un qui reste sur place en Europe tout l’hiver. Et comme dans les camping, lors du retour des hirondelles, il distribue les emplacement suivant les réservations.

Des gars comme Robert, il y en un peu partout en France. Je connais Robert parce que c’est le gardien  pour le village où j’habite.  Je le connais depuis deux ans, je le vois tous les dimanche quand je vais sur le marché. Il attend le remballage toujours au même endroit sur la plus haute branche du platane en face de l’église.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire, Robert, c’est une corneille. Il a compris que les jours de marché, à la fin, il y a toujours des restes qui trainent, c’est un véritable festin. Robert c’est un guetteur, quand les hommes se dispersent, il donne le signal et ça rapplique de partout.

Comme il était déjà guetteur pour le marché et qu’il y a des nids sous les rebords de toiture de l’église, il s’est mis à surveiller les nids d’hirondelles inoccupés.

Dimanche dernier, j’ai vu qu’il avait l’air soucieux, alors j’ai parlé un peu avec lui (ben oui il y en a qui baillent aux corneilles, ce qui ne veut rien dire, moi je parle aux corneilles, ben quoi, il y a bien des renards qui parlent fromage avec des corbeaux et personne ne s’en étonne).

Les hirondelles reviennent au printemps en Europe, parce qu’à la même époque en Afrique il y a une concurence féroce pour l'exploitation des ressources alimentaires. Les hirondelles sont exclusivement insectivores, cela veut dire que leur régime alimentaire est uniquement composé d’insectes. Leur survie dépend de la quantité d’insectes disponible dans leur environnement. Au printemps, en Europe il y a tout ce qu’il faut, de l’eau et des insectes en pagaille. En arrivant au printemps, le temps de réaménager le nid de l’année d’avant ou d’en construire un nouveau, de faire les bébés (Ce n’est pas ça qui prends le plus de temps), de couver, les oisillons naissent au moment du pic d’abondance des insectes. Avec le froid de l’automne et la fin des floraisons, le nombre d’insectes diminue à nouveau fortement, il est alors temps de retourner vers des cieux plus cléments.

Le meilleur moment pour revenir, c’est donc en gros le printemps. Les insectes commencent alors à voler un peu partout, et pour cela il faut qu'il fasse une température moyenne supérieure à 10°.

Robert en tant que corneille ne dédaigne pas quelques insectes de temps en temps, mais ce n’est pas sa spécialité. N’étant pas spécialiste en insecte, il n'a pas fait le rapprochement avec l'arrivée des hirondelles. Mais Bob, comme tous les corvidés c’est un malin. De son perchoir favori est en face de l’église, Robert a remarqué qu'à l'époque ou l'église ne faisait plus de bruit  pendant le marché, les hirondelles étaient déjà revenues.  Pour les humains, ça correspond à peu près à pâques. Il a enregistré aussi que peu de temps avant, un jour de marché, les humains rentre dans l’église avec des branches de buis à la main, ça correspond au dimanche des rameaux, une semaine avant pâques. Généralement les hirondelles sont déjà revenues.

Cette année, Robert, il est embêté, car c’est déjà le jour où les humains dépouillent le buis, et il n'y a toujours pas d'hirondelles.

Pour le rassurer, je lui ai expliqué que cette année, c’était un peu particulier. Exceptionnellement, le jour du massacre du buis est un peu en avance par rapport aux années précédentes.

J’ai essayé de lui expliquer comment les humains déterminait le jour où il fallait cueillir le buis.   

Le dimanche de pâques, c’est le dimanche qui suit la pleine lune qui suit le 21 mars. Cette année la pleine lune est le 21 mars, et c’est un vendredi, pâques est donc le dimanche d’après soit le 23 mars. C’est une date exceptionnellement proche du printemps. Si la pleine lune était tombée un 20 mars, le dimanche de pâques aurait eu lieu un mois plus tard.

Il n’a pas trop compris, c’est sympa comme bestiole la corneille, mais dès qu’on parle astronomie y’a plus personne.

Prenant comme référence le jour du buis, il est normal que Bob était perturbé.

Je lui est alors conseillé d’oublier de prendre le comportement des humains comme référence. Je lui ai dit de regarder autour de lui, et d’observer la vie des insectes. Evidemment c’est toute une éducation à refaire, car les insectes ça ne l’intéresse pas au niveau bouffe. Mais Bob, en tant que corneille, est très intelligent, il apprendra vite.

Voilà ! si vous pensez que j'affabule, je vous invite à observer les corneilles qui trainent aux alentours de chez vous, apprenez à les connaître. Quelque chose me dit que vous serez surpris et que mon histoire de gardien de nids ne vous apparaîtra plus si farfelu que ça.

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09 février 2008

L'oublié de l'hiver

Le printemps est la saison des bourgeons, l’été est la saison des fleurs, l’automne est la saison des fruits, et l’hiver c’est la saison de la dormance pour les plantes de nos régions.

Il y en a cependant une qui assure le coup pendant que tout le monde dort. Elle mériterait d’être mise à l’honneur tellement elle rend de service. Mais l’homme a choisi d'honorer le gui, sans doute à cause de la blancheur de ces fruits. La plante oubliée c’est le lierre.

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Tout le monde le connaît, il a mauvaise réputation, on dit qu’il fait mourir les arbres, qu’il abime les murs. Encore et encore des idées reçues, alors réhabilitons cette plante merveilleuse.

Le lierre est une plante à la fois rampante et grimpante à feuilles persistantes. La vie d’une feuille dure trois ans. Elles sont très coriaces, elles sont immangeables par les mammifères. Délaissé par les animaux comme nourriture, le lierre offre à nos regards de beau tapis verts au sol. Se recouvrant les unes les autres, les feuilles forment une couche uniforme d’un vert profond. C’est une sorte rideau étanche à la lumière, c’est pour cela qu’il ne pousse rien d’autre là où pousse le lierre. La lumière n’atteint pas le sol, donc aucune graine ne peut germer. Ce rideau est pourtant franchissable pour n’importe quelle bestiole, et en particulier n’importe quel insecte.

Continuons de parler de la feuille, il y en a deux sortes différentes. Les feuilles normales qui possèdent trois ou cinq lobes pointues et les feuilles des rameaux à fleurs qui elles ne sont pas lobées.

Le chose intéressante se situe au niveau du pétiole de la feuille, c’est la tige qui relie la feuille au rameau. Chez le lierre, le pétiole est long, il peut faire plusieurs centimètres.

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Ainsi la couche de feuille, se situe à quelques centimètres du support sur lequel s'accroche le lierre (mur, arbre, poteau, sol, etc…). L'espace entre le dessous des feuilles et le support garde prisonnier une couche d’air de quelques centimètres d’épaisseur. Et ça, ça forme un excellent isolant thermique.

Et en hiver quelques degrés de plus ou de moins peuvent faire la différence pour beaucoup de monde. Cet abri thermiquement isolé permet à plusieurs petits insectes de passer l’hiver.

C’est déjà bien, mais ce n’est pas fini.

 

Le lierre fleuri à la fin de l’automne, il permet au derniers insectes attardés de se nourrir en attendant de trouver un abri définitif pour l’hiver . C’est le cas d’une abeille qui ne vit que sur le lierre.

Les fruits mûrissent au cœur de l’hiver. C’est une manne pour les oiseaux qui sont restés sur place, mais aussi pour les premiers courageux qui reviennent de migrations, les fruits du lierres sont les seuls disponibles à cette époque. Mais le lierre est aussi un garde manger à insectes, car beaucoup d’entre eux ont trouvé un abri sous les feuilles profitant de la couche d’air emprisonnée.

 

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Le lierre est une mangeoire beaucoup plus efficace que les boules à zoziaux.

Continuons d'examiner les cadeaux qu'offre cette plante.

Au début du  printemps, c’est la seule plante qui possède de belles feuilles vertes qui permettent de dissimuler les premiers nids. C’est une excellente opportunité pour les oiseaux présents tout au long de l’année comme le rouge gorge, le merle, moineau, le troglodyte etc…

 

Maintenant passons aux idées reçues. Le lierre contrairement au gui n’est pas un parasite. L’arbre le mur ou le rocher sur lequel il rampe ou grimpe, ne lui servent que de support. La preuve, le lierre pousse sur les arbres morts, s’il vivait de l’arbre, une fois l’arbre mort il ne pourrait pas survivre. Et le lierre du mur, hein, de quoi il se nourrirait si c’était un parasite, de béton ? Lorsqu’il grimpe ses racines se modifient pour devenir des petits crampons, qui se collent au support et c'est tout.

Le lierre avance en ligne droite, il ne tourne pas et il ne s’enroule pas autour de son support. Contrairement au chèvrefeuille, qui lui peut empêcher de jeunes arbres de grandir en les étouffant, un lierre n’a jamais tué un arbre.

 

Donc le lierre c’est un gentil, sauf que ces feuilles et ses fruits sont toxiques. Pourtant au moyen âge, les guérisseurs l’utilisaient comme remède contre la peste. Ils avaient compris qu’éliminer les porteurs de la maladie était un moyen de limiter sa propagation. Donc une petite décoction de feuilles et de fruit de lierre, tuait le malade de suite, ce qui était une manière de lutter contre la maladie.

 

Profitez de vos promenades hivernales, pour jeter un nouveau regard sur cette plante généreuse. La prochaine fois que vous passerez près d’un lierre. Approchez vous et soulevez délicatement quelques feuilles, il serait étonnant que vous ne découvriez pas quelques âmes cachées sous ses feuilles.

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23 janvier 2008

Môssieur Gui

cueillette

On a tous en tête l’image d’Epinal de la cueillette du gui par les druides. On voit un homme barbu aux long cheveux blancs, vêtu d’une grande robe blanche debout sur une branche d’un chêne. Déjà avant d’aller plus loin, je voudrais bien qu’un jour on m’explique comment le gars il a fait pour arriver la haut sans se salir, habillé en robe (très pratique pour grimper) avec une serpette en or. Le type il coupe du gui, et le gui tombe dans un drap blanc.

Pour savoir comment il est arrivé la haut, on peut imaginer qu’un de ces copains lui a fait la courte échelle.

Mais, le gui lui, ça m’étonnerai que quelqu’un lui ai fait la courte échelle. Ben alors, le gui ! Comment il a fait pour arriver là haut, le gui ?

gui1S’il avait fait comme tout le monde à pousser dans le sol, on ne serait pas en train de se poser la question. Mais voilà, Môssieur le Gui qui veut jamais faire comme tout le monde, a décidé de pousser sur les arbres.

Déjà juste pour faire l’intéressant, il fructifie en hiver alors que tout le monde fait ça en été.gui2

De toute façon il est la haut, déjà, on peut se demander comment il tient.

En s’approchant de plus près, on s’aperçoit qu’on ne peut pas le détacher, il n’est pas posé sur la branche. On a l’impression que la plante sort de l’intérieur de l’écorce.

En grattant un peu, on trouve des racines vert clair qui pénètrent à l’intérieur du bois. Ce ne sont pas des racines mais des suçoirs, ces appendices lui servent à absorber la sève brute de l’arbre. Le gui est un parasite, il se nourrit de la sève de l’arbre hôte. Cependant il contient quand même de la chlorophylle. Il peut se débrouiller seul lorsqu’il n’y a plus de sève, en hiver par exemple. On sait maintenant comment il tient la haut, et comment il vit. Reste à savoir comment il a fait pour arriver la haut.

Pour se reproduire, le gui a choisi un grand classique. C’est une plante à fleurs,  il fait comme les autres. Il existe des guis mâles et des guis femelles. Les mâles émettent du pollen. Quand le pollen rencontre une fleur femelle, ben, je vais pas vous faire un dessin, quelques temps après on obtient une graine. Maintenant pour faire un petit gui, il faut poser la graine au bon endroit. Et le bon endroit c’est sur une autre branche.

Et là, il y a  un problème à résoudre, comment être sur que la graine va se retrouver sur une branche. Il ne faut pas qu’elle tombe au sol, car elle n’aurait aucune chance de pousser.  Si le gui utilisait les méthodes habituelles de dispersion des graines, je veux parler de la gravité et du vent,  il y aurait  de grande chance que la graine se retrouve sur le sol .

Il a fallu qu’il trouve autre chose et il a trouvé. Et il faut bien avouer que c’est assez astucieux. Voici le stratagème qu’il a inventé. D’abord il a mis ses graines dans une petite boule blanche remplie d’une matière visqueuse et collante. Tellement collante, que lorsque l’on chauffe cette matière on en fait de la glue. Cette glue servait à attraper les oiseaux. Revenons à la graine, le gui a mis plein de bonnes choses dans cette petite boule. Ce petit cadeau est destiné à un oiseau, cet oiseau c’est la grive. Elle raffole des boules de gui. Donc elle attrape la boule avec son bec, elle va se poser un peu plus loin. Elle écrase la boule et mange la cuticule, mais à cause de la matière visqueuse, elle s’en met partout autour du bec. Elle avale certaines graines, mais il y en a qui restent accrochées à son bec. Alors pour se débarrasser de la glue,  elle frotte son bec contre la branche sur laquelle elle se trouve, en faisant cela elle dépose des graines sur les branches. La graine reste accroché grâce à la glue. Pour les graines qui ont été avalées, elles ressortent intactes, engluées dans la fiente de la grive qui est toujours posée sur une branche. Le paquet contenant les graines se retrouve à nouveau sur une branche.

Ainsi pour pouvoir continuer de faire le malin à pousser la haut dans les arbres, le gui utilise un oiseau pour aller planter ses graines. Etonnant non !

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28 décembre 2007

Les boules à zoizeaux

Au cours de ma dernière promenade dominicale, j’ai longé les berges d’un étang. Une vingtaine de cygnes, des canards colverts et des mouettes rieuses semblaient se reposer au milieu de l’étang. Quand je me suis approché de l’eau tout ce petit monde s’est précipité vers moi, les canards et les mouettes en volant, les cygnes en glissant élégamment sur l’eau. Ils se sont rassemblés autour de moi, deux cygnes allant même jusqu’à sortir de l’eau et s’approcher de très près. Tous ces oiseaux attendaient de ma part que je leur lance quelques morceaux de pain. Je suis resté un long moment à les observer. Il leur a fallu une bonne vingtaine de minutes avant de se résigner à retourner à leurs oisives activités. Ces oiseaux sauvages se sont habitués à un nourrissage venant de la main de l’homme. Et ce jour là l’homme qui venait d’habitude n’est sans doute pas venu car il régnait un froid intense. Les cygnes, les canards et les mouettes sont des oiseaux de bonne taille, l’effort dépensé pour venir jusqu’à moi n’a pas eu beaucoup d’incidence sur leur métabolisme.

Il en aurait été tout autrement pour des petits passereaux. Je veux parler des rouges-gorges, mésanges et autres moineaux.

En hiver, lorsqu’il fait froid la nourriture est plus difficile à trouver, le sol est gelé, les graines ont été consommées. Les oiseaux se rapprochent alors des habitations sources de chaleur, au milieu de la nature figée. Aussi il n’est pas rare de voir des rouge-gorges ou des mésanges fréquenter nos balcons. C’est toujours une joie d’observer une mésange bleue posée à quelques mètres voire quelques centimètres derrière la vitre de notre fenêtre. Il est difficile de résister à la tentation de leur donner à manger, surtout qu’il existe un produit miracle: la boule de graisse contenant un mélange de graines. C’est pas cher, ç’est prêt à l’emploi et ça marche.

Mais attention, l’enfer est pavé de bonnes intentions, pour utiliser correctement ce produit il y a deux règles essentielles à respecter.

La première de ces règles est qu’il ne faut utiliser les boules que par grand froid. La graisse aide les oiseaux à supporter le froid en brulant les calories emmagasinées lors de la consommation de la graisse. Mais lorsqu’il fait doux, si vous mettez de la graisse à disposition, les oiseaux vont continuer de manger cette manne et ils vont se mettre à s’empâter. Ils vont devenir plus pataud, plus lents et dans la nature sauvage ça ne pardonne pas. Ils seront plus fragiles face à des prédateurs.

Deuxième règle, une fois que vous avez commencé à mettre des boules, il faut continuer d’en mettre. On parle ici d’une longue période de froid. Les oiseaux vont commencer à s’habituer à cette source de nourriture. Si par un jour de grand froid, brusquement il n’y a plus de nourriture à disposition, l’oiseau va d’abord essayer de chercher les graines à l’endroit habituel. Lorsqu‘il va comprendre que la source de nourriture est tarie. Il va lui falloir dépenser beaucoup d’énergie pour essayer de trouver sa pitance dans la nature. Par grand froid, chaque déplacement est calculé, chaque vol doit être compensé par un apport d’énergie. Pour un petit oiseau, un vol non suivi de nourrissage peut être fatal.

De manière général, il ne faut pas donner de la nourriture aux animaux sauvages. Mais si vous tenez vraiment à attirer les oiseaux sur votre balcon voici quelques conseils.

Aux boules de graisses il faut préférer le mélange de graines. Il existe dans le commerce des mélanges faits exprès pour les oiseaux sauvages. L’apport énergétique des graines est largement suffisant car dans la nature ces graines (blé, tournesol, etc…) n’existent plus.

Un petit problème se pose alors, une nourriture si riche attire tous les oiseaux, y compris les oiseaux à comportement grégaire qui dévastent tout en très peu de temps. Et une fois que la source est repérée, comptez sur eux pour revenir. Ces oiseaux dévastateurs sont principalement les pigeons et les étourneaux. Eux, justement, n’ont pas besoin de cet apport supplémentaire de nourriture.

Pour éviter la fréquentation de ces oiseaux, il suffit de leur rendre difficile l’accès à la nourriture.

Pigeons et étourneaux se nourrissent principalement au sol, donc ne placez pas vos graines au sol ou sur une tablette. Il faut les placer dans une mangeoire accrochée en l’air. Suffisamment haut pour qu’elle soit inaccessible à un prédateur. Le prédateur classique c’est le chat. Accrochez la mangeoire avec une ficelle, pour les petits oiseaux le fait que le perchoir se balance ne les gênent pas, par contre cela gêne les étourneaux et a fortiori les pigeons.

Les perchoirs d’accès seront fins, juste quelques millimètres de diamètre, pour éviter que les gros oiseaux puissent se poser.

La nourriture devra être abritée pour éviter le pourrissement par l’eau.

J’ai trouvé par hasard dans le commerce un type de mangeoire qui répond à tous les critères pour pas cher. C’est un batons de graines varièes qui sont collées entre elles par de l’amidon je pense. Le tout est moulé autour d’une baguette de bois. Le toit et les perchoirs sont fait de cartons.

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Un dernier détail que l’on néglige souvent, la présence de l’eau est très importante. L’eau sert pour boire mais aussi pour se baigner. Il ne faut pas trop de profondeur environ un cm, de manière à ce qu’aucun oiseau ne puisse se noyer. Il est inutile d’en mettre beaucoup, car il va falloir la changer souvent. Par temps froid, tout comme la nourriture, il faut s’en occuper tous les jours, et veiller à ce que l’eau ne gèle jamais.

Enfin, il faut se rappeler l’essentiel, la nature se débrouille très bien sans nous.

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16 décembre 2007

La ronde de mesanges

En regardant par la fenêtre ce matin, il m’était facile de deviner qu’il faisait froid dehors, les pelouses étaient blanches de givre. Un petit coup d’œil sur la pomme de pin accrochée sur mon balcon, m’a permis d’apprendre qu’en plus il n’y avait pas d’humidité. La pomme de pin était complètement ouverte. Cela voulait dire que le temps était sec. Froid et sec, c’est le temps idéal en cette période pour une promenade en forêt. Les feuilles des arbres sont tombées. Le regard porte loin dans la forêt. Le soleil est toujours bas, les rayons rasant allongent les ombres. Il est plus facile de voir les oiseaux qu’à n’importe quelle autre saison. Un seul petit problème à gérer, on voit mieux les animaux mais eux aussi nous voit mieux.

Nous avons l’avantage de pouvoir empiler des couches de protection pour se protéger du froid. Mais comme nous, les animaux souffrent du froid, se déplacer leur fait dépenser une énergie précieuse. Aussi avant de fuir, l’animal surpris va d’abord s’assurer que le danger est réel. La nourriture est de plus en plus difficile à trouver et elle est indispensable. Pour leur survie ils baissent un peu la garde pour assurer leur survie.

Les oiseaux qui trouvent leur nourriture en chassant le vermisseau dans les arbres, ont besoin de voler pour explorer les lieux de nourrissage. Pour lutter contre le froid, il faut qu’ils trouvent beaucoup de nourriture et donc il faut qu’ils volent aussi beaucoup. Les mésanges ont adopté une stratégie particulière pour passer le cap difficile de l’hiver. Elles se regroupent en bandes inter espèces qu’on appelle des rondes. On y trouve des mésanges charbonnières, des bleues, des nonnettes, des huppées, des mésanges à longues queues. Un roitelet ou un autre passereaux se joint parfois à elles. Ce petit monde se déplace de buisson en buisson, de branche en branche. Dans ce groupe composé de plusieurs espèces, la plus grosse est la mésange charbonnière, un peu plus pataude que les autres, elle explore les branches en sautillant dessus. La mésange bleues préfèrent les bouts de rameaux et se suspendent à l’envers. Le roitelet est le roi de l’acrobatie, il peut voler sur place comme un colibri, lui aussi se suspend souvant la tête en bas. Les nonnettes volettent de rameau en rameau. Chacun trouve sa place sans vraiment concurrencer l’autre. Les mésanges à longues queue (qui ne sont pas des mésanges) ont deux cris d’alarmes distincts. Un signal désigne la présence d’un danger venant des airs, faucon épervier etc, l’autre désigne signale un danger venant du sol, un renard, un promeneur. L’ensemble du groupe profite de ce système d’alarme. Durant l’hiver la solidarité prime sur les conflits, belle leçon.

Pour repérez les rondes ce n’est pas bien compliqué, au milieu du silence si caractéristique de la nature en hiver, au gré de la balade, vous percevrez des petits cris de mésanges. En dirigeant votre regard vers l’origine des bruits vous verrez des petites ombres s’agiter dans tous les sens dans les buissons. Inutile de se précipiter, ne bougez plus, la ronde va venir à vous. Pas besoin de jumelles, les oiseaux sont tellement affairés à trouver la nourriture, qu’il n’est pas impossible de pouvoir admirer une mésange voletant à quelques mètres de vous.

C’est le moment idéal pour comparer les différentes espèces. Regardez leur manière de se nourrir, de se déplacer. Vous remarquerez assez vite que chaque espèce a sa technique. Le spectacle ne durera qu’une dizaine de minute, le groupe se déplace. Une fois la ronde éloignée, le silence revient et la torpeur dans laquelle est plongée la nature s’impose à nouveau.

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02 décembre 2007

La lettre du père Noël

Ca y est ça recommence !

C’est ce que se dit le vieux monsieur à la barbe blanche. Il est assis près de la cheminée, dans sa cabane en bois. L’habitation est facile à localiser, elle est pile-poil au pôle Nord. Près de la table, s’amoncelle un tas incroyable de lettres apportées par des lutins bariolés. C’est ça qui recommence ....... les lettres.

Tous les ans à la même époque il reçoit des centaines de milliers de lettres d’enfants. Les enfants lui demandent des cadeaux qu’il est bien incapable de donner. C’était pas prévu les lettres, ce n’est pas dans le contrat. En 1931, Coca Cola a monté une arnaque grandiose. Elle a inventé une idole commerciale qui est censée dans la nuit du 24 au 25 décembre, apporter des cadeaux à tous les enfants du monde. Evidemment ça ne pouvait pas marcher, aucun être ne peut parcourir le monde entier et visiter tous les enfants en une nuit. Alors pour ne pas détruire l’idole, les parents des enfants ont donné des cadeaux à leurs enfants à la place de la divinité commerciale. Pour que ce soit crédible, Coca Cola a passé un contrat avec le vieux monsieur. La firme lui a donné beaucoup d’argent juste pour qu’il reste dans sa cabane du pôle Nord, et surtout qu’il se taise sur le fait que ce n’est pas lui qui livre les cadeaux.

Mais il y a eu un imprévu dans cette histoire, c’est le miracle des lettres, un mystère de la poste. Même ceux qui connaissent l’arnaque (c’est globalement la population mondiale en dehors des enfants de moins de 7ans) n’en reviennent pas. Les lettres au père Noël arrivent vraiment au père Noël. Même les facteurs ne savent pas comment ça marche, mais ça marche.

Mais cette année, le vieux monsieur a le blues, il voudrait écrire à tous les enfants pour leur dire qu’il n’existe pas, pour en finir une bonne fois pour toutes. Mais ce n’est pas possible d’écrire une lettre dans laquelle on dit qu’on existe pas, c’est le « scribo ergo sum ». Si on écrit, c’est qu’on existe.

Il regarde trois lutins en train de jouer au poker, un jeu très à la mode, ils misent des boules de neige. Il est étonné que les boules de neige restent des boules et ne fondent pas, elles ne sont pas froides. Encore un truc à la con de Coca Cola, il a envie de hurler que ce n’est pas possible. C’est comme la cheminée au Pôle Nord, il n’y a pas un arbre a des centaines de kilomètres à la ronde, alors comment il fait pour mettre du bois dans la cheminée, hein, comment il fait ? Et l’histoire des rennes volants, personne n’a réagi, la hotte en osier de 30 litres qui est censée contenir des centaines de millions de jouets. Personne n’a rien vu.

Il ne veut plus que son nom soit attaché à cette arnaque. Pourtant c’est important Noël.

Ca veut dire nouvelle lumière, cela se passe quelques jours après le solstice d’hiver, c’est le jour où les hommes commençent a être sensible à l’augmentation de la durée du jour. Il y a des millénaires que l’homme fête ce jour. Beaucoup de mégalithes arrangés en allée couverte contiennent une pierre que le soleil n’éclaire que le 22 ou 23 décembre. L’homme fêtait le renouveau de l’astre qui donne la vie. L’éventuelle naissance d’un gars qui était capable de marcher sur l’eau n’a rien à voir avec cette date. Le vieux monsieur est en train de se demander qu’elle est la  multinationale qui a inventé l’arnaque du hippie, cela fait 2000 ans que le business tient , et comme pour le père Noël personne ne dit rien. Il y a des gens qui croient que l’idole est monté au ciel, alors pas étonnant que le coup du traineau et des rennes volant passe comme une lettre à la poste. Il y a des gens qui disent que le hippie qui marchait sur l’eau n’a jamais existé, n’empêche qu’ils continuent de compter les années en fonction du supposé jour de sa naissance.

Le vieux monsieur est fatigué, il voudrait écrire aux enfants, il y aurait tellement de choses à leur dire. Par exemple, on leur rabache toute l’année qu’il ne faut pas abîmer les arbres de la foret, qu’il faut respecter la nature, et à Noël, hop on coupe des centaines de milliers de sapins juste pour les mettre un mois dans le salon. Le père Noël voudrait écrire à tous les enfants, pour qu'ils demandent à leur parents pourquoi ils mettent un sapin mort dans le salon alors qu’on leur interdit de casser une branche dans le jardin.

On demande aux enfants d’éteindre la lumière dès qu’ils sortent d’une pièce parce que c’est pour les économies d’énergie. On leur explique que c’est pour le développement durable, que c’est pour léguer aux générations futures une terre propre. Et pendant un mois, les rues de tous les villages et villes sont éclairées de milliers d’ampoules jaunes ou de couleurs et qui restent allumées même quand il n’y a personne dans les rues. Le père Noël voudrait écrire à tous les enfant d’aller voir le maire de leur village pour lui demander d’éteindre les lumières des décorations de Noël quand il n’y a personne dans la rue.

Il vaudrait écrire à tous les enfants, mais le mystère de la poste ne fonctionne pas dans l’autre sens, les lettres au père Noël arrivent bien au Pôle Nord mais « la lettre du père Noël » n’arrive nulle part. Il regarde dehors, il entrevoit soudain une lueur d’espoir et en même temps son regard s’emplit de tristesse. Une des solutions pour que cette histoire ait une fin est que la maison du pôle nord disparaisse,  et c’est ce qui est en train de se passer. Bientôt elle disparaîtra avec la banquise.

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03 novembre 2007

Le mystère de la tombe de Toussaint C.

En ce jour de toussaint, après avoir longuement palabré sur la mystérieuse affaire des oiseaux (voir le blog de fee-line : http://desmauxencore.canalblog.com/archives/2007/10/22/6666861.html#comments), Anodou et moi-même étions décidés à prendre l’air. Nous nous sommes entendus pour partir à la découverte du cimetière de Montmartre et de ses célèbres locataires. Les cimetières sont toujours de grandes sources d’inspiration. De plus l’avantage de faire ce genre de promenade le 1er novembre est de pouvoir passer inaperçu parmi les nombreux visiteurs occasionnels de ce jour particulier. Nous devisions tranquillement, heureux enfin de pouvoir libérer nos esprits, quand une tombe, parmi lesquelles nous déambulions, nous intrigua plus que les autres.

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C’était celle d’un certain Toussaint C. décédé en 1867. D’apparence plutôt banale, c’était une tombe en ciment recouverte de lichens noirs. Nous allions bientôt découvrir qu’elle était le support d’un bien étrange mystère. En effet, sur cette face rugueuse et noire, on pouvait distinguer d’étranges traces brillantes, qui semblaient former un chemin.

A travers le regard félin d'Anodou, le chemin en pointillé apparaissait plus clairement.

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Nous risquâmes un examen visuel à faible distance, bien que j’avais repéré qu’un personnage pour le moins singulier nous observait à distance, c’était un petit bonhomme barbu en salopette bleu, avec un bonnet rouge.

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L’analyse approfondi de ces traces, nous a permis de comprendre que les taches brillantes étaient constituées d’une matière gluante ressemblant étrangement à de la bave d’escargot. Seulement voilà, un escargot de laisse pas de trace discontinue. Nous tenions notre affaire, peu importe la présence du mystérieux personnage au bonnet rouge, nous étions décidé à aller jusqu’au bout. J’émis intérieurement une hypothèse qui s’avéra par la suite irréaliste. Cette hypothèse était qu’il s’agissait-il d’un escargot australien qui en souvenir de sa terre natale, imitait ses compatriotes kangourous en se déplaçant par bonds. Sur le coup je n’osais transmettre cette hypothèse à Anodou et la gardait par devers moi.

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Anodou n'avait pas perdu son temps. Elle avait poursuivi les investigations et remonté la piste des traces de bave. La piste s’arrêtait nette sur le bord supérieur de la dalle ; une énigme de plus.

Pour ma part j’avais suivi la piste jusqu’au bord inférieur de la dalle, les traces, à cet endroit disparaissaient aussi. L’auteur de ces traces était donc tombé au sol. Un examen de la dalle inférieure me permit de retrouver quelques traces éparses.

Un scénario commençait à prendre forme, le coupable dont nous étions persuadés, qu’il s’agissait d’un escargot, venait d’en haut, il avait roulé sur la dalle pentue puis était tombé au sol.

Un escargot kangourou volant ? non, je laissais tomber l’idée immédiatement, les kangourous ne pondent pas et n’ont pas de plume, l’escargot pond, soit, mais il ne possède pas de plume ou alors elles sont extrêmement bien dissimulées. Les escargots, même australien, ne volant pas, il y avait forcément eu l’intervention d’un tiers. Je pensais immédiatement au nain de jardin en bonnet rouge, dont la présence sur ces lieux m’intriguait de plus en plus. Quel était le lien entre cet homme et Toussaint C. ?

Alors que j’étais plongé dans mes réflexions, Anodou avait remarqué qu’un objet tombé du toit de la tombe situé derrière celle de Toussaint C. aurait atterri exactement sur le bord supérieur de la dalle, elle soupçonna alors l’intervention d’un oiseau.

Elle venait de découvrir la dernière pièce du puzzle. Il restait à trouver l’oiseau pour dénouer tous les fils.

Hors justement, un des comportements caractéristiques de la grive musicienne, est sa manière de manger les escargots. Elle en très friande. Pour casser la coquille, elle utilise ce qu’on appelle une enclume, elle choisi une surface dure, une souche ou une pierre plate. Une fois l’escargot attrapé, elle vient sur son enclume, elle lève la tête très haut et projète l’escargot de toutes ses forces contre la pierre. Un fois qu’elle a choisi son enclume, elle revient toujours au même endroit. Elle choisit un objet plat dur, dans un endroit calme à l’abri des prédateurs.

L’énigme est maintenant résolue, une grive à choisi la tombe haute comme enclume, à l’abri des chats, nombreux dans les parrages.

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Le scénario suivant est probablement le bon, une grive musicienne posée sur le sommet de la grande tombe s’apprête à jeter un escargot contre la pierre. Celui-ci lui échappe, il tombe sur la tombe de Toussaint C. Entrainé par l’inertie de la chute, il roule sur la dalle, arrivé en bas il tombe. La grive ayant vu son butin lui échapper, le suit dans sa course folle. Elle le récupère sur l’embase, le fait rouler jusqu’à trouver la bonne prise dans son bec. Durant ces manœuvres, l’escargot mal en point, a de nouveau laissé quelques traces. La grive l’aura sans doute remonté sur le toit de la tombe haute, pour à nouveau le fracasser avant de le manger.  Ainsi donc ce ne sont pas des psychopates se prenant pour des nains de jardin qui laissent des traces de bave sur les tombes des cimetières. La nature ne fait pas de mystère, c’est nous qui les inventons à chaque fois.

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01 novembre 2007

Le Grand Incinérateur

J’ai décidé d’écrire ce journal car rien ne se passe comme prévu depuis quelques jours, je devrais être déjà mort ou réincarné, mais je suis toujours là. Mes deux vies précédentes n’ont duré que quelques semaines, mais aujourd’hui j’ai l’intuition que cette fois ci cela va être un peu plus long.

Pour que les éventuels futur lecteurs puissent comprendre, je vais reprendre depuis le début. Je suis né le 22 novembre 2006 à 10h23, enfin quand je dis je suis né, cela veut dire qu’avant je ne sais pas ce qui c’est passé. J’étais plongé dans le noir, des bruits provenaient du lointain, de temps en temps j’étais un peu secoué, mais j’étais inerte. Ce matin là, le frère qui était juste en dessous de moi est né. Je me suis retrouvé pendu dans le vide, retenu juste par une petite languette. Puis deux minutes après, il y a eu un bruit métallique, la languette m’a lâché, je suis tombé dans le vide et soudain la lumière aveuglante est apparue. Je suis tombé sur la grille métallique, je suis resté bien droit. C’est ma première fierté, je suis resté droit.

Puis il y a eu la poudre, puis l’eau bouillante qui m’a rempli. Enfin après cette longue attente dans le noir, je pouvais enfin réaliser ma fonction sur cette planète. J’ai eu un peu chaud avec l’eau bouillante, mais j’ai supporté. C’est normal, je suis conçu pour, je suis un gobelet pour distributeur à café, il ne manquerai plus que ça que je supporte pas l’eau chaude. Une main féminine m’a attrapé, je savais comment ça allait se passer, la femme aurait bu mon contenu, puis elle m’aurait jeté tel quel dans la poubelle. J’aime bien être utilisé par les femmes car elles ne nous écrabouillent pas, elles nous laissent juste tomber au dessus de la poubelle. J’aurais alors fini dans la benne des plastiques puis je serais allé dans la grande usine de recyclage et j’aurais à nouveau été réincarné en gobelet.

Mais là cela ne s’est pas passé comme ça. Avec la loi sur l’interdiction de fumer, la femme est sortie fumer dehors en me portant avec elle. Une fois dehors, son portable à sonné. Vu qu’elle avait déjà une cigarette dans une main, elle m’a posé sur le rebord de la fenêtre de la cour de l’atelier. Elle a répondu au téléphone et elle m’a oublié. Cela fait presque une semaine que je suis sur le rebord de la fenêtre rempli de café froid. J’ai vu défiler plein de fumeurs, je leur hurle de me jeter dans la poubelle mais ils n’entendent pas. Je veux laisser ce journal comme témoignage.

30 novembre 2006

Enfin quelqu’un m’a regardé, c’était un jeune homme. Il finissait de fumer sa cigarette, il ne savait pas ou la jeter, il m’a vu, j’ai cru qu’il allait me ramasser. Mais il a jeté le mégot dans le café froid et et retourné dans le bureaux sans se retourner.

2 décembre 2006

Cette nuit des chats qui traînaient dans la cour se sont battus. L’un deux s’est réfugié sur le rebord de la fenêtre, un autre s’est jeté sur lui. Dans la cohue, ils m’ont renversé, je suis tombé dans la cour, me vidant de mon contenu. Depuis le début de la journée, je roule dans la cour au gré du vent, certaines bourrasques me font tourner en rond.

3 décembre 2006

Cette nuit une bourrasque un peu plus soutenue que les autres m’a fait décollé, elle m’a poussé jusqu’au portail et j’ai roulé dessous. Je me suis arrêté dans le caniveau. Puis au milieu de la nuit il a plu. L’eau du caniveau m’a transporté le long du trottoir j’ai ainsi descendu toute le rue, j’allais me jeter dans une bouche d’égout, quand tout à coup je me suis retrouvé coincé entre un pied d’échafaudage et le trottoir. Là ou je suis, personne ne fait attention à moi, tant que l’échafaudage ne sera pas démonté, je pense que je resterai où je suis.

18 décembre 2006

Ca y est, les ouvriers ont démonté l’échafaudage. L’un deux m’a repéré. Il m’a écrabouillé

Pfff, ces hommes, quelles brutes. Il m’a jeté dans un sac où je me suis retrouvé avec des bouts de plâtre, des bouts de câble électrique, des tuyaux plastiques, des bouts de bois. L’ouvrier a mis le sac dans une camionnette. Je suis en route pour la déchetterie, je ne serais sans doute pas réincarné mais je vais sans doute enfin voir le Grand Incinérateur.

19 décembre 2006

Je ne comprends pas je suis toujours dans le sac dans la camionnette.

20 décembre 2006

Ce matin la camionnette a fait de nombreux kilomètres, je pensais qu’elle allait à la déchetterie, mais elle s’est arrêtée en pleine campagne dans une  zone industrielle. Elle s’est garée près d’un talus en bord de seine. Là, le conducteur à vidé le sac sur le talus. J’ai dégringolé, je me suis retrouvé bloqué par une pierre à 8 cm de l’eau.

8 janvier 2007

Aujourd’hui l’eau m’a atteint, j’ai commencé à flotter, je me suis libéré de la pierre, cela fait plusieurs heures que je dérive dans le courant de la Seine. J’ai heurté plusieurs péniches mais à chaque fois j’ai fait le tour, et je continu mon chemin. A 15h00 je suis passé devant la cathédrale de Paris

19 février 2007

Je n’ai pas beaucoup avancé, j’ai été bloqué par les écluses. Je suis resté bloqué plusieurs jours à celle de Bougival. Je flottais avec plein de cochonneries en tout genre dans un coin d’une pile de pont. Mais ça va mieux, aujourd’hui, je suis passé devant Conflans Saint Honorine

23 février 2007

Je me suis retrouvé contre la berge de l’île d’Andrésy, je suis bloqué contre une tige de ronce, toutes les vagues me poussent un peu plus dans les tiges, je suis de plus en plus coincé. Pour m’en sortir, il faudrait que la seine change de niveau.

27 février 2007

Ouf, la seine a baissé. Je pensait que j’allais pouvoir reprendre le voyage, mais je suis resté collé à la vase.

15 mars 2007

Je suis toujours collé à la vase et cela s’empire, à chaque vaguelette, il y a un peu plus de vase qui se dépose contre moi je suis de plus en plus englué.

28 juin 2007

C’est la fin, je suis complètement recouvert de vase, je ne vois plus le jour. Je ne verrais pas le Grand Incinérateur, je vais finir ma vie envasé enterré, et quelle vie . Je vais mettre plusieurs dizaines d’années à mourir. Alors que mon espérance de vie n’était que de quelques jours. C’est la fin du journal, j’aurais juste eu le plaisir de raconter mon voyage depuis ce petit atelier de Neuilly Plaisance.

28 septembre 2007

J’ai juste quelques minutes pour réellement clore ce journal. Ce matin alors que je n’y croyait plus, une association OSE (http://www.ose-association.org/) a envoyé une cinquantaine de volontaires pour nettoyer la Seine à Andrésy. Par miracle l’un d’entre eux en fouillant un peu la vase m’a déterré. Il m’a jeté dans une benne à déchets, sur une péniche. La benne a été déposée dans la cour du Grand Incinérateur. Je vais enfin pouvoir voir qui il est. Une légende dans le monde des gobelets raconte qu’il y a une vie après le Grand Incinérateur. La légende dit que nous mourrons physiquement, mais qu’après notre âme monte vers le ciel. Une fois au ciel toutes nos âmes rassemblées remercient l’Homme notre créateur, en réchauffant sa planète. Certains de nos scientifiques gobelets disent que ce ne sont pas nos âmes qui montent au ciel, mais que lors de notre passage dans le Grand Incinérateur, nous sommes transformés en gaz et ce sont ces gazs qui montent au ciel et qui participent au réchauffement de la planète de l’Homme . Foutaises que ces racontars, ce serait nous rabaisser à l’état de vulgaires êtres de plastique, alors que nous sommes plus que ça, nous les Gobelets de Machine à Café, nous avons une âme.

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