Quand j’étais en CE2, lors d’une dictée, j’avais commis la faute impardonnable d’avoir orthographié « châtaignier » comme suit : « châtaigner ». J’avais bêtement pensé que le son « nieu » était déjà contenu dans le « gn » donc inutile d’ajouter un « i » ; grave erreur ! J’avais alors été cordialement invité à copier cent fois le mot « châtaignier ». La punition effectuée quelques semaines plus tard, nouvelle dictée contenant le même mot, et là je ne sais pas ce qui me passe par la tête, j’ai réfléchi pour être sûr de ne pas me tromper et évidemment j’ai à nouveau écrit « châtaigner ». Etant donné qu’il y avait récidive, le niveau de la sentence grimpa aussitôt vers les sommets et je fut invité à passé mon mercredi après-midi à copier mille fois le mot « châtaignier ». Aucun adulte ne fut en mesure de m’expliquer pourquoi il fallait mettre un « i », la seule chose que j’avais compris c’est qu’il fallait faire comme pour pomme, cerise ou poire ; pour avoir le nom de l’arbre il fallait remplacer le « e » final par « ier » sans se poser de question. Cela voulait dire que la châtaigne était un fruit au même titre que la prune.

Cette anecdote a eu lieu il y a une trentaine d’années, aux portes de l’armorique dans une petite école privée. Plus tard j’ai fais du latin, et j’ai enfin compris comment certains mots se construisaient.

ch_taignier

Bon de nos jours, il suffit d’aller sur wikipédia et l’on apprend en quelques minutes que le nom « châtaignier » vient du mot « castenea » qui donne « châtaigne ». On apprend également que le nom vient du nom d’une ville grecque, et que le châtaignier est un arbre méditerranéen.

Le nom de la ville grecque fait partie des choses que l’on a du mal à deviner tout seul. Par contre, il est peut être possible de deviner si l’arbre est dans son élément.

Lorsque l’on se promène dans les forêts de la région parisienne, en observant de plus près cet arbre, on s’aperçoit assez rapidement que quelque chose cloche.

Examinons les différences avec les autres arbres familiers que sont le chêne, le hêtre, l’orme, le charme, le bouleau etc….

Au niveau écorce, rien de bien particulier à dire, elle ressemble à celle du chêne.

Au niveau habitat, l’arbre est souvent mélangé aux autres donc là aussi il est difficile d’en déduire quelque chose.

Par contre ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est qu’il a des feuilles beaucoup plus grandes que les autres arbres. C’est un premier signe. Le hêtre, le charme, le chêne sont les espèces qui forment la majeure partie de la sylve parisienne. Ces trois essences ont des feuilles de taille comparable. C’est par la feuille que se font les échanges avec l’atmosphère, c’est une bonne indicatrice du climat. Celle du châtaignier est beaucoup plus grande que la moyenne. C’est une plante qui sait que ça vaut le coup de faire des grandes feuilles car elle sait qu’elle aura beaucoup de soleil. C’est clair le châtaignier aime le soleil et même beaucoup. On peut commencer à se douter que la plante vient d’un climat plus chaud que celui de la région parisienne.

Et puis surtout évidemment il y a les bogues épineuses des châtaignes, à part le marronnier d’inde (mais lui vu son nom on sait qu’il n’est pas d’ici ), c’est le seul arbre qui possède cette singularité.

On peut comprendre que la bogue est un moyen de défense contre les rongeurs, effectivement on voit mal un écureuil, ou un mulot réussir à décortiquer une bogue sans se faire mal. La châtaigne est bien protégée. Lorsque le fruit grossit il est protégé, lorsqu’il est mur l’ensemble bogue plus châtaigne tombe par terre.

Mais il reste un problème s’il le fruit reste indéfiniment dans sa coque, il ne rentrera jamais en contact avec le sol. Il faut bien à un moment donné que la châtaigne sorte de sa bogue et rentre en contact avec le sol pour pouvoir germer.

Comment le châtaignier va-t-il faire ?

La solution est toute simple, il suffit de nous regarder, nous les humains. Pour ramasser les châtaignes sans nous piquer les doigts. Nous commençons par piétiner la bogue afin de séparer la bogue des fruits. Une fois que c’est fait on sélectionne et on ramasse les plus beaux fruits. Les autres sont maintenant au contact du sol et peuvent commencer à germer.

Seulement voilà, les hommes n’ont pas toujours été là, alors comment il faisait avant le châtaignier tout seul dans sa forêt sans nous.

C’est une technique qui n’est pas pratique dans un milieu fermé comme la forêt. Qui viendrait piétiner les bogues ?

Par contre si on imagine le châtaignier dans un milieu ouvert comme une prairie, ça fonctionne.

Le milieu ouvert lui permet de capter toute la lumière qu’il faut pour ses grandes feuilles. Le climat est chaud et l’arbre est le bienvenu pour fournir de l’ombre à un troupeau de ruminant. Les ongulés dont les sabots ne craignent rien des épines des bogues, lorsqu’ils viennent profiter d’un répit à l’ombre de l’arbre, écrasent au passage la bogue et enfonce la châtaigne dans le sol.

Le châtaignier vient donc d’un climat chaud et apprécient les milieux ouverts. Les pourtours de la méditerranée peuvent convenir à ces critères.

Donc ce n’est pas un arbre de forêt. Bon alors pourquoi, on le trouve en forêt et au dessus de la loire.

Ben une fois de plus, c’est nous qui avons modifié un petit peu le cour des choses.

Au XVIIème siècle, le duc de Montmorency a fait planter la forêt éponyme. L’objectif était de protéger Paris et le roi, la forêt a servi à ralentir les envahisseurs potentiels qui à l’époque avaient tendance à débarquer du nord. La forêt de Montmorency a été crée de toute pièce pour cela. Il fallait une essence qui pousse vite, sur un sol non cultivable, et qui ne soit pas une essence noble pour la marine, le châtaignier était alors le candidat idéal.