Jean Pierre Tagueul est le garde champêtre de Maifesse.

Niché au fond du bocage bouchonnois Maifesse est ce qu’on appelle un petit village de caractère. La gendarmerie la plus proche est à 30 kilomètres dans le chef lieu de canton. Alors avant d’appeler les autorités, quand ce n’est pas trop grave on appelle d’abord Tagueul. Aussi sur des problèmes de voisinage de temps en temps Jean Pierre joue un peu à l’inspecteur.

Résoudre des enigmes, il aime ça, Jean Pierre. Lors d’un séjour à Paris, à l’aide de son amie Anaudou, il avait résolu le mystère de la tombe de Toussaint C.  Dans le mystère qui est relaté dans cet article, Jean Pierre va encore avoir affaire à un drôle d’oiseau.

C'est lundi matin Jean Pierre va prendre son crème habituel chez la mère Nibarb, enfin chez Yvette quoi. C’est un petit commerce qui fait bar tabac, pmu, avec une petit épicerie de première nécessité dans la pièce du fond. C’est Yvette la patronne, elle a monté l’affaire après la mort de son René. René nibard c’était l’electro-plombo-mecano du village, il avait un petit atelier de ferronnerie. Mais des commandes de portails y’en avait pas tous les jours alors il avait étendu son activité.

Depuis la mort de son époux, Yvette vit chichement dans ce qui était autrefois l’atelier. C’est une pièce toute simple, chauffée par un poêle à mazout, il y ajuste un lit et une commode sur laquelle trône une photo de rené. Il n’y a rien d’autre car la pièce à vivre c’est le bar, elle y passe la journée entière et ne regagne sa chambre que pour y dormir.

Le bar c’est le lieu de passage de tout le village, c’est le centre de vie.

Ce matin au lieu de son café habituel Jean Pierre vît arriver un ballon de rouge.

- Ben alors Yvette qu’est ce qui se passe ? dit Jean Pierre étonné

- Quoi, y se passe rien pourquoi tu me demandes ça, répondit sèchement Yvette

- Ben .. Yvette voyons regardez, vous m’avez déjà vu boire un coup de rouge dès le matin ?

- Oh la la , Jean Pierre, escuse-moi. J’ai plus ma tête à moi depuis trois jours

- Rien de grave, j’espère

- En fait, je ne dors plus. Il y a quelqu’un qui vient me réveiller chaque nuit dans ma chambre

- Comment ça quelqu’un?

- Cela fait trois fois que je me réveille au milieu de la nuit, parce quelqu’un me dit de me reveiller, et à chaque fois j’ouvre les yeux, j’allume la lampe et la rien ! personne ! Enfin je ne vois rien mais je suis sur qu’il y a quelqu’un

- Vous devez rêver

- Non, j’ai la preuve que quelqu’un vient car il laisse quelque chose à chaque fois

- Comment ça

- Oui depuis trois jours, je retrouve tous les matins une plume au pied du lit

- Humm…… vous voulez dire que quelqu‘un rentre chez vous, vous réveille, repars et vous laisse une plume comme carte de visite ????

- Ben en résumé ….. oui… c’est ça

- Ecoutez Yvette, fermez votre porte à clé et vous verrez que vous rêvez

- Mais Jean pierre, …je ferme toujours ma porte à clef. La clef reste sur la serrure, la fenêtre est fermée. Dès qu’il me réveille, j’allume la lampe, et à chaque fois rien.

Jean Pierre a soudain comprit qu’il était face à un nouveau mystère. Son esprit d’enquêteur se mit immédiatement en marche.

-         Dites moi Yvette, à quoi elle ressemblent vos plumes. On pourrait les montrer à Amandine, elle connaît très bien les oiseaux

-         Ouh Là, Jean Pierre je te les donne sans problème

Au même moment Amandine Dufion fait son entrée. C’est la stagiaire de la mairie pour le développement qui va durer. Elle est ornithologue de formation.

-         Tiens Amadine, Bonjour. Tu tombes bien. Lance Jean Pierre

-         Bonjour monsieur Tagueul, bonjour madame Nibard, pourquoi est-ce que je tombe bien?

-         On voudrait avoir ton avis sur des plumes.

-         Avec plaisir, elles sont où vos plumes ?

Yvette passa derrière le bar, et revint dans la salle, elle étala trois plumes sur la table de Jean Pierre. C’étaient trois plumes blanches étincelantes.

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-    Alors Amandine ça vient de quel piaf ces plumes ? On dirait des plumes de cygne, avança Jean Pierre

      - Humm monsieur Tagueul, il y a quelque chose qui ne va pas, dit Amandine en faisant la moue

    - Qu’est ce qui ne va pas?

     - Ce ne sont pas des plumes d’oiseaux.

     - Qu’est ce qui se passe ce matin vous me jouez une blague, d’abord le ballon de rouge à la place du café, et maintenant tu me racontes que ces plumes c’est pas des plumes d’oiseaux, c’est quoi alors des plumes de lapin ?

        - Monsieur Tagueul ne vous énervez pas. Si je vous dis que ce ne sont pas des plumes d’oiseaux c’est que cela n’en est pas

-Qu’est ce qui te fais dire ça mademoiselle Dufion ?

- Une plume d’oiseau ça sert à voler

- wahouh première nouvelle !

- Et ouais !!! et ben celle là elle ne peuvent pas servir à voler.

- et a quoi tu vois ça

- regardez, elles sont formées d'une membrane

- je ne comprends pas

- hum ... voici une plume de cygne

Amandine venait de tirer une plume d’un petit sac qu’elle tenait à la main.

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-         Je suis passé ce matin près de l’étang j’en ai ramassé une pour ma collec. Vous voyez que ça n’a rien à voir

-         Rien à voir, c’est vite dit. Ca ressemble quand même un peu non ? Répondit Jean Pierre

-         Pas du tout, monsieur Tagueul, les plumes de madame Nibard sont formées d’une membrane, alors que les vrais plumes sont constituées d'une tige principale et de pleins de petites ramifications latérales appelées barbes qui sont accrochées entre elles. Dailleurs vous pouvez facilement les séparer avec les doigts. Et ensuite vous pouvez à nouveau les faire s’accrocher en lissant la plume

-         Oui, c’est vrai ça. Même que je me suis toujours demandé comment ça marchait.

-         C’est tout simple, mais ça ne se voit qu’au microscope. Chaque barbe est constitué d’un coté de crochets et de l’autre coté de petits poils rigides droits. Quand vous rapprochez les barbes, les crochets s’accrochent aux poils de la barbe d'a coté, un peu comme un velcro.

-         J’ai compris, mais pourquoi se compliquer la vie. Ca aurait été plus simple pour les piafs d’avoir une membrane comme les plumes d’Yvette

-         Non, monsieur Tagueul car ce système de barbes qui s’accrochent entre elles, permet d’avoir une structure à la fois très rigide, très souple et très légére. Les barbes constituent une charpente nervurée solide. Et elles sont à la fois articulées entre elles et solidaires.

-         Fallait y penser

-         Eh oui, c’est très ingénieux. Dès que l’homme à voulu imiter l’oiseau il a construit des ailes membraneuses comme dans les ailes delta par exemple. Mais face aux contraintes du vent, la membrane très solicitée se déchire parfois et c’est l’accident fatal. Alors pour éviter ça, il faut construire une membrane plus résistante, donc plus épaisse, donc plus lourde. Alors que la plume en cas de problème, elle se déchire sous la pression, mais elle se racommode toute seule aussitôt.

Jean Pierre fit tourner la plume de cygne dans ses mains, encore tout étonné de se rendre compte qu’il avait dans ses mains un fabuleux trésor technologique.

C’est à ce moment que Raphael Deburne fit une entrée remarquée.

- Dis donc Raph, tu schlin… enfin.. euh .. tu sors d’où, lança Amandine

- Oui, je sais, je sens la merde, je viens d’aller nettoyer la pompe de relevage de la fosse de la salle communale, répondit Raphaël.

- Pouah !!! C’est pas possible va te changer.

Raphaël Deburne c’est un peu le remplaçant de René Nibard dans le village. Il est le plombo-mecano-electricien de Méfaisse.

-         Non attends, puisque tu es là, Raph , j’aimerais bien que tu jettes un œil avec moi sur la serrure de la chambre d’Yvette, si vous n’y voyez pas d’inconvénient bien sûr Yvette,demanda Jean Pierre de plus en plus intrigué par l’histoire du visiteur mystérieux

-         Pas de problème, les gars, la clé est dans la serrure, je vous fais confiance.

Jean Pierre accompagna Raphaël dans l’arrière cour. Raphaël examina rapidement la serrure sans rien noter de particulier. Puis il poussa la porte, et au moment ou il arriva au centre de la pièce un bruit strident se mit à résonner. Il provenait d’un objet attaché à sa ceinture, qui émettait une lumière rouge

- Oh nom de Dieu, Putain c’est pas vrai, Sors de là Jean Pierre, cria Raphaël

Raphael se précipita vers la fenêtre et l’ouvrit en grand, il se pencha et respira à plein poumon

- Bon dieu qu’est ce qu’il y a, s’écria Jean Pierre qui venait de ressortir de la pièce.

La sonnerie s’était maintenant arrétée.

-C’est mon détecteur de gaz! La vache la pièce était pleine de monoxyde de carbone. C’est hyper dangereux. Le poêle à mazout doit être mal réglé, putain heureusement que je suis venu la vielle aurait pu y passer, dit Raphaël

- C'est-à-dire

- Le monoxyde de carbone c’est qu’il ya de pire, tu t’endors tu sens rien et tu te réveilles jamais, la mère Nibard aurait pu rejoindre son René à tout moment

- Tu peux réparer ça ?

- oui, il suffit de décrasser le bruleur

- Fais le tout de suite, il faut que je vois Yvette

Jean Pierre se précipita dans le bar le cerveau en ébulition, quelque chose avait fait tilt dans sa tête.

-         Yvette, je peux vous posez une question ? Lorsque le type vous réveille qu’est ce que vous faites exactement.

-          Ben en fait j’allume la lumière, je me lève. J’ai  la tête qui tourne, j’ai besoin d’air frais à chaque fois, alors j’ouvre la fenêtre et je respire un bon coup, et puis.. ben rien comme je vous l'ai dit, je suis un peu choquée alors je reste là debout devant la fenêtre.

      -    Yvette!! Je sais qui est venu vous voir !!

      -     Ah Jean Pierre vous me croyez. Et c’est qui ce pervers?

      -    Oh Yvette ce n’est pas un pervers c’est quelqu’un qui veille sur vous et qui vous a sauvé la vie trois fois en vous réveillant juste avant la fin

      -    Mais c’est qui ?

      -    Vous êtes né quand

      -    Le 4 aout pourquoi ?

      -    Hum….. vous connaissez un certain Yeratel

      -    Non

      -    Eh bien, c’est quelqu’un qui vous veut du bien

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