Robert, c’est pas un marrant, c’est plutôt un ténébreux. Il n’y a qu’une seule chose qui le fait rigoler, c’est une charade qu’il raconte à tout le monde. Lui il trouve ça drôle, je vous laisse juge.

Charade :

Mon premier est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon deuxième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon troisième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon quatrième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon cinquième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon sixième est une rondelle de saucisson sur un boomerang

Mon tout est une saison laquelle ?

Réponse : Le printemps

Parce que les six rondelles sont de retour

Ca le fait rire Robert, parce que son job a un rapport avec la charade. Le boulot à Robert,  consiste à surveiller les nids d'hirondelles lorsqu'elles sont en Afrique.

Cela fait des années que les scientifiques essayent de comprendre le mécanisme des migrations, et surtout comment elles font pour revenir nicher dans le même nid que l'année précédente. Le truc, c’est qu’il y a quelqu’un qui reste sur place en Europe tout l’hiver. Et comme dans les camping, lors du retour des hirondelles, il distribue les emplacement suivant les réservations.

Des gars comme Robert, il y en un peu partout en France. Je connais Robert parce que c’est le gardien  pour le village où j’habite.  Je le connais depuis deux ans, je le vois tous les dimanche quand je vais sur le marché. Il attend le remballage toujours au même endroit sur la plus haute branche du platane en face de l’église.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire, Robert, c’est une corneille. Il a compris que les jours de marché, à la fin, il y a toujours des restes qui trainent, c’est un véritable festin. Robert c’est un guetteur, quand les hommes se dispersent, il donne le signal et ça rapplique de partout.

Comme il était déjà guetteur pour le marché et qu’il y a des nids sous les rebords de toiture de l’église, il s’est mis à surveiller les nids d’hirondelles inoccupés.

Dimanche dernier, j’ai vu qu’il avait l’air soucieux, alors j’ai parlé un peu avec lui (ben oui il y en a qui baillent aux corneilles, ce qui ne veut rien dire, moi je parle aux corneilles, ben quoi, il y a bien des renards qui parlent fromage avec des corbeaux et personne ne s’en étonne).

Les hirondelles reviennent au printemps en Europe, parce qu’à la même époque en Afrique il y a une concurence féroce pour l'exploitation des ressources alimentaires. Les hirondelles sont exclusivement insectivores, cela veut dire que leur régime alimentaire est uniquement composé d’insectes. Leur survie dépend de la quantité d’insectes disponible dans leur environnement. Au printemps, en Europe il y a tout ce qu’il faut, de l’eau et des insectes en pagaille. En arrivant au printemps, le temps de réaménager le nid de l’année d’avant ou d’en construire un nouveau, de faire les bébés (Ce n’est pas ça qui prends le plus de temps), de couver, les oisillons naissent au moment du pic d’abondance des insectes. Avec le froid de l’automne et la fin des floraisons, le nombre d’insectes diminue à nouveau fortement, il est alors temps de retourner vers des cieux plus cléments.

Le meilleur moment pour revenir, c’est donc en gros le printemps. Les insectes commencent alors à voler un peu partout, et pour cela il faut qu'il fasse une température moyenne supérieure à 10°.

Robert en tant que corneille ne dédaigne pas quelques insectes de temps en temps, mais ce n’est pas sa spécialité. N’étant pas spécialiste en insecte, il n'a pas fait le rapprochement avec l'arrivée des hirondelles. Mais Bob, comme tous les corvidés c’est un malin. De son perchoir favori est en face de l’église, Robert a remarqué qu'à l'époque ou l'église ne faisait plus de bruit  pendant le marché, les hirondelles étaient déjà revenues.  Pour les humains, ça correspond à peu près à pâques. Il a enregistré aussi que peu de temps avant, un jour de marché, les humains rentre dans l’église avec des branches de buis à la main, ça correspond au dimanche des rameaux, une semaine avant pâques. Généralement les hirondelles sont déjà revenues.

Cette année, Robert, il est embêté, car c’est déjà le jour où les humains dépouillent le buis, et il n'y a toujours pas d'hirondelles.

Pour le rassurer, je lui ai expliqué que cette année, c’était un peu particulier. Exceptionnellement, le jour du massacre du buis est un peu en avance par rapport aux années précédentes.

J’ai essayé de lui expliquer comment les humains déterminait le jour où il fallait cueillir le buis.   

Le dimanche de pâques, c’est le dimanche qui suit la pleine lune qui suit le 21 mars. Cette année la pleine lune est le 21 mars, et c’est un vendredi, pâques est donc le dimanche d’après soit le 23 mars. C’est une date exceptionnellement proche du printemps. Si la pleine lune était tombée un 20 mars, le dimanche de pâques aurait eu lieu un mois plus tard.

Il n’a pas trop compris, c’est sympa comme bestiole la corneille, mais dès qu’on parle astronomie y’a plus personne.

Prenant comme référence le jour du buis, il est normal que Bob était perturbé.

Je lui est alors conseillé d’oublier de prendre le comportement des humains comme référence. Je lui ai dit de regarder autour de lui, et d’observer la vie des insectes. Evidemment c’est toute une éducation à refaire, car les insectes ça ne l’intéresse pas au niveau bouffe. Mais Bob, en tant que corneille, est très intelligent, il apprendra vite.

Voilà ! si vous pensez que j'affabule, je vous invite à observer les corneilles qui trainent aux alentours de chez vous, apprenez à les connaître. Quelque chose me dit que vous serez surpris et que mon histoire de gardien de nids ne vous apparaîtra plus si farfelu que ça.