Le printemps est la saison des bourgeons, l’été est la saison des fleurs, l’automne est la saison des fruits, et l’hiver c’est la saison de la dormance pour les plantes de nos régions.

Il y en a cependant une qui assure le coup pendant que tout le monde dort. Elle mériterait d’être mise à l’honneur tellement elle rend de service. Mais l’homme a choisi d'honorer le gui, sans doute à cause de la blancheur de ces fruits. La plante oubliée c’est le lierre.

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Tout le monde le connaît, il a mauvaise réputation, on dit qu’il fait mourir les arbres, qu’il abime les murs. Encore et encore des idées reçues, alors réhabilitons cette plante merveilleuse.

Le lierre est une plante à la fois rampante et grimpante à feuilles persistantes. La vie d’une feuille dure trois ans. Elles sont très coriaces, elles sont immangeables par les mammifères. Délaissé par les animaux comme nourriture, le lierre offre à nos regards de beau tapis verts au sol. Se recouvrant les unes les autres, les feuilles forment une couche uniforme d’un vert profond. C’est une sorte rideau étanche à la lumière, c’est pour cela qu’il ne pousse rien d’autre là où pousse le lierre. La lumière n’atteint pas le sol, donc aucune graine ne peut germer. Ce rideau est pourtant franchissable pour n’importe quelle bestiole, et en particulier n’importe quel insecte.

Continuons de parler de la feuille, il y en a deux sortes différentes. Les feuilles normales qui possèdent trois ou cinq lobes pointues et les feuilles des rameaux à fleurs qui elles ne sont pas lobées.

Le chose intéressante se situe au niveau du pétiole de la feuille, c’est la tige qui relie la feuille au rameau. Chez le lierre, le pétiole est long, il peut faire plusieurs centimètres.

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Ainsi la couche de feuille, se situe à quelques centimètres du support sur lequel s'accroche le lierre (mur, arbre, poteau, sol, etc…). L'espace entre le dessous des feuilles et le support garde prisonnier une couche d’air de quelques centimètres d’épaisseur. Et ça, ça forme un excellent isolant thermique.

Et en hiver quelques degrés de plus ou de moins peuvent faire la différence pour beaucoup de monde. Cet abri thermiquement isolé permet à plusieurs petits insectes de passer l’hiver.

C’est déjà bien, mais ce n’est pas fini.

 

Le lierre fleuri à la fin de l’automne, il permet au derniers insectes attardés de se nourrir en attendant de trouver un abri définitif pour l’hiver . C’est le cas d’une abeille qui ne vit que sur le lierre.

Les fruits mûrissent au cœur de l’hiver. C’est une manne pour les oiseaux qui sont restés sur place, mais aussi pour les premiers courageux qui reviennent de migrations, les fruits du lierres sont les seuls disponibles à cette époque. Mais le lierre est aussi un garde manger à insectes, car beaucoup d’entre eux ont trouvé un abri sous les feuilles profitant de la couche d’air emprisonnée.

 

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Le lierre est une mangeoire beaucoup plus efficace que les boules à zoziaux.

Continuons d'examiner les cadeaux qu'offre cette plante.

Au début du  printemps, c’est la seule plante qui possède de belles feuilles vertes qui permettent de dissimuler les premiers nids. C’est une excellente opportunité pour les oiseaux présents tout au long de l’année comme le rouge gorge, le merle, moineau, le troglodyte etc…

 

Maintenant passons aux idées reçues. Le lierre contrairement au gui n’est pas un parasite. L’arbre le mur ou le rocher sur lequel il rampe ou grimpe, ne lui servent que de support. La preuve, le lierre pousse sur les arbres morts, s’il vivait de l’arbre, une fois l’arbre mort il ne pourrait pas survivre. Et le lierre du mur, hein, de quoi il se nourrirait si c’était un parasite, de béton ? Lorsqu’il grimpe ses racines se modifient pour devenir des petits crampons, qui se collent au support et c'est tout.

Le lierre avance en ligne droite, il ne tourne pas et il ne s’enroule pas autour de son support. Contrairement au chèvrefeuille, qui lui peut empêcher de jeunes arbres de grandir en les étouffant, un lierre n’a jamais tué un arbre.

 

Donc le lierre c’est un gentil, sauf que ces feuilles et ses fruits sont toxiques. Pourtant au moyen âge, les guérisseurs l’utilisaient comme remède contre la peste. Ils avaient compris qu’éliminer les porteurs de la maladie était un moyen de limiter sa propagation. Donc une petite décoction de feuilles et de fruit de lierre, tuait le malade de suite, ce qui était une manière de lutter contre la maladie.

 

Profitez de vos promenades hivernales, pour jeter un nouveau regard sur cette plante généreuse. La prochaine fois que vous passerez près d’un lierre. Approchez vous et soulevez délicatement quelques feuilles, il serait étonnant que vous ne découvriez pas quelques âmes cachées sous ses feuilles.